SOMMELET Jean

 

1923-2012

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` sommaire

ELOGE

Notre Maître, le Professeur Jean Sommelet, nous a quittés le lundi 12 mars 2012. Avec lui disparaît l'un des derniers grands maîtres de la chirurgie : il avait consacré toute sa vie professionnelle à la création et au développement d'une école de chirurgie prestigieuse : l'orthopédie traumatologie. Haut-marnais d'origine, il était reçu major au concours de l'internat des hôpitaux de Nancy en 1948 dans une promotion qui était aussi celle de Pierre Lamy et d'Emile Delavergne.

Il choisissait la carrière chirurgicale et passait avec succès tous les concours hospitalo-universitaires, concours qui étaient à l'époque séparés : assistant des hôpitaux, clinicat à la Faculté puis Professeur Agrégé. Il possédait cette formation unique de chirurgie générale qui devait le conduire dans un premier temps comme chef de service à prendre la direction du service d'Urologie à l'Hôpital Central de Nancy.

En 1967, il faisait une sorte de pari un peu fou en prenant la direction de la clinique de traumatologie et d'orthopédie de la rue Hermite, dont la gestion était assurée, à l'époque, par la sécurité sociale. C'est dans cet établissement qu'il devait diriger pendant près de 30 ans qu'il créa l'école d'orthopédie traumatologie : à l'époque, la spécialité était balbutiante, dominée par les écoles parisiennes et Jean Sommelet devait, par sa ténacité, sa rigueur, lui donner ses lettres de noblesse universitaire en Lorraine.

C'est ainsi qu'il devait réaliser en novembre 1967, la première prothèse totale de hanche en Lorraine avec un implant de type Mac Kee Farrar ; c'est avec la même irréfragable conviction qu'il imposait cette nouvelle discipline sur le plan universitaire et qu'il assurait la formation de tous les chirurgiens orthopédistes en Lorraine avec son élève, le Professeur Daniel Schmitt, qui fût le 1er agrégé de la spécialité de chirurgie orthopédique traumatologique.

Tous ses élèves gardent le souvenir d'une rigueur parfois implacable dont l'exécution nécessitait des règles intangibles. Nous nous souvenons tous des visites où tout était contrôlé, de la déclinaison de ce que nous appelions la bible, à l'époque, le Boehler, qu'il fallait pratiquement connaître par cur, accompagné de ses aphorismes indispensables : « jamais de radiographie de face sans radiographie de profil ». Nous nous souvenons aussi des convocations dans son bureau à des heures toujours très matutinales où il nous lisait ce qu'il avait écrit dans les dossiers des patients dont nous avions la responsabilité comme internes : cette fracture n'a pas été dépistée par Henry Coudane, Gilles Grosdidier, François Guillemin, Daniel Molé.

Mais il savait aussi laisser à ses collaborateurs cet espace de liberté pour développer de nouvelles techniques, et en particulier, l'arthroscopie, dont l'école nancéienne devait avoir une obédience nationale. Quel courage, a posteriori, d'avoir ouvert les blocs opératoires de la clinique de traumatologie aux jeunes que nous étions à l'époque, pour mettre au point de nouvelles techniques qui étaient quelque peu vilipendées dans les blocs opératoires sanctifiés par la chirurgie noble des prothèses de hanches et de genoux. C'est ainsi que le service du Professeur Jean Sommelet fût le premier service hospitalo-universitaire de France où l'enseignement universitaire des techniques arthroscopiques a été réalisé.

Enseignant hors pair, il imposait la quintessence de cette rigueur toujours au service et dans le respect profond du patient. C'est avec la même rigueur qu'il soutenait et assurait la carrière de ses élèves et il était fier de savoir que certains d'entre eux aient pu diriger des sociétés savantes et des congrès nationaux de la discipline d'orthopédie traumatologie.

Nous voudrions tous, ici, en ces instants, rendre hommage au grand patron de la clinique de traumatologie, a cet homme qui nous a formé et qui savait tisser ces liens de fidélités qu'il magnifiait à travers ces journées qu'il partageait avec nous, dans son cher village de Tronchois en Haute-Marne, où malgré la réserve des hauts-marnais, il savait nous dévoiler son humour, sa gentillesse et sa simplicité.

En tant que Doyen de la Faculté de Médecine de Nancy, au nom du club des professeurs honoraires, au nom du corps des professeurs de la Faculté de Médecine de Nancy mais aussi des étudiants et des BIATOSS, je rends ici hommage à ce grand patron, à ce maître incontesté. Plus personnellement, je voudrais me tourner vers Isabelle pour lui dire que vous aviez un papa qui forçait le respect, et vers Patrick son gendre : mon cher ami, ton beau-père fût pour nous, certes, un maître incontesté, mais aussi un homme aux qualités exceptionnelles. S'il nous regarde du pays haut-marnais qu'il aimait tant, qu'il sache qu'il restera toujours avec nous, au fond de nos curs.

Professeur H. COUDANNE