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Science et foi : des rapprochements ?

Création du monde, miracles, conscience et matière

 

Auteurs

 

Bernard Legras est professeur honoraire en santé publique de la faculté de médecine de Nancy. II a écrit un manuel de probabilité et statistique pour les étudiants, plusieurs ouvrages sur l'histoire de la médecine à Nancy ainsi que des livres à orientation religieuse. Daniel Oth, dont la formation de base est la chimie, fut chercheur en cancérologie et immunologie à l'INSERM, puis professeur-chercheur à l'Université du Québec.

 

 

Résumé

 

Certains scientifiques préconisent une nette séparation entre la science et la religion. Toutefois, les découvertes au cours du XXème siècle : le Big Bang, le côté indéterministe et anthropique de l'univers, la non-séparabilité quantique, l'univers en années cosmiques, peuvent amener à se poser des questions métaphysiques. Dans une première partie, Bernard Legras, s'interroge sur la création du monde. Dans la seconde, Daniel Oth scrute les "miracles" en s'appuyant sur une approche probabiliste. Il évoque aussi des résultats qui suggèrent que la conscience humaine serait capable d’actions significatives sur le monde physique. Alors, une conscience très supérieure pourrait bien être à l’origine de phénomènes exceptionnels. En complément, plusieurs annexes peuvent questionner également : les similitudes surprenantes entre la Genèse et les jours de l'univers, l'approche logique de la résurrection de Jésus et les découvertes scientifiques concernant le linceul de Turin. Préface du Professeur Jacques Roland et de Monseigneur Olivier de Germay.

 

Préface du Professeur Jacques Roland

Bernard Legras et Daniel Oth sont des scientifiques aventureux… Ils font un pari plus risqué que celui de Pascal, Dieu ou le néant. Eux tentent d’établir que le Dieu de leur Foi existe bien, d’abord créateur de l’univers et secondairement thaumaturge qui manifeste sa présence bénéfique dans notre société humaine, et tout cela par une approche rationnelle.

Ils ont pour ce faire deux instruments, leur compétence scientifique indéniable et leur modestie, qui ne peut provenir que d’une rigoureuse objectivité.  Quand ils avancent des arguments qui vont dans le sens de leur conviction, ils les suivent aussitôt de contre arguments ; sans perdre leurs convictions, ils montrent ainsi la limite de leur certitude et leur respect pour ceux qui ne peuvent (ou ne veulent…) les suivre.

Dans la première grande partie, Bernard Legras fait une synthèse historique des relations tumultueuses entre science et religion. Il n’hésite pas à mettre en exergue leurs différences : la croyance religieuse tire sa force de ce qui constitue le tendon d’Achille de la science. Celle-ci a en effet un point faible : elle ne peut explorer, tant d’un point de vue pratique qu’épistémologique, que des matières où elle a des repères, des méthodes, des expériences. Elle ne peut donc qu’abandonner à la religion, et à la réflexion éthique, le domaine des valeurs. A la recherche du comment des choses, la science ne peut y adjoindre la recherche du sens. C’est pourquoi le débat entre science et religion ne peut être encore tranché car leurs domaines d’exploration sont différents. Comme l’analyse Simone Manon « l’une poursuit un idéal de connaissance de l’ordre empirique, l’autre un idéal moral renvoyant à un ordre métaphysique ».

Nous nous sommes certes éloignés, même s’il en reste des résistances partielles dans les différents monothéismes, de religions triomphantes, capables d’étouffer, de condamner des découvertes scientifiques qui les contrariaient. Les réactions d’intolérances peuvent se trouver maintenant aussi du côté de certains scientifiques. En fait les plus grands d’entre eux sont très partagés entre croyants et incroyants d’après ce qu’ont montré des enquêtes chez les prix Nobel. Comme le dit Hubert Reeves, cité dans l’introduction : « la science et la religion ne sont pas incompatibles, mais il vaut mieux les séparer… »

C’est bien le défi que Bernard Legras veut relever : combler le fossé apparent qui sépare science et religion. Il utilise pour cela des arguments plus scientifiques que religieux, faisant appel tant à la physique quantique qu’à la théorie de la relativité. Il nous rend le "Big Bang" compatible avec le "au commencement" de la Bible, puis nous apprend de façon très pédagogique comment on peut concilier l’inconciliable : les six jours de la création du monde de la genèse trouvant l’explication de leur distorsion avec les milliards d’années calculées par les astrophysiciens, grâce à la théorie d’Einstein de l’expansion de l’univers après le Big Bang.  Il termine son argumentaire par l’origine de l’Homme et la théorie du "dessein intelligent" en s’appuyant sur des notions statistiques qu’il a tant utilisé dans sa vie professionnelle.

Daniel Oth, dans la deuxième partie traitant des miracles, nous entraîne dans un sujet apparemment moins complexe dans son principe que celui traité par Bernard Legras, mais en fait plus difficile à analyser scientifiquement. Nous sommes là sur le terrain de la Foi, de la subjectivité, de la conviction. La science y est très mal à l’aise.

L’épisode de Fatima en 1917 que l’auteur décrit en premier est évocateur de la difficulté d’interprétation, voilà des enfants qui ont une vision de la Vierge. Elle leur annonce qu’un miracle aurait lieu trois mois après à Fatima. Les enfants préviennent leurs parents, la rumeur se répand, une foule se rassemble, attendant un miracle, sous un soleil ardent… que s’est-il réellement passé ? toutes les hypothèses restent ouvertes… Tant d’autres épisodes étonnants se sont déroulés à propos des cultes, le miracle de Lanciano bien décrit par l’auteur, la liquéfaction du sang de Saint Janvier à Naples, certains restés inexpliqués, d’autres dus à des supercheries, la tentation de renforcer la foi des fidèles étant forte pour un clergé pauvre et peu instruit. La discussion sur le groupe sanguin de Jésus est intéressante, spécialement à l’occasion des études sur le saint Suaire, mais rien ne permet de ce fait d’authentifier un miracle.

D’une autre importance sont la relation de miracles avec effets sur le corps humain vivant.  Le phénomène des stigmates est bien sûr troublant tant il tend à supposer l’influence corticale cérébrale sur des cibles de l’enveloppe cutanée. Et que dire des guérisons miraculeuses à Lourdes ou ailleurs ? Certes nous connaissons en médecine des guérisons inattendues de cancers apparemment gravissimes, mais des observations de patients guéris à Lourdes sont troublantes. Il reste qu’il s’agit le plus souvent de troubles fonctionnels, et que l’on n’a jamais vu repousser un membre amputé…

Bernard Legras dans les annexes donne une intéressante étude sur le linceul de Turin. Mais surtout il consacre un chapitre à la résurrection de Jésus, qu’il qualifie avec pertinence de "miracle par excellence". Avec objectivité il rappelle toutes les hypothèses possibles mais on connait sa conclusion : le christianisme est né de cette résurrection, sens et espoir persistant de l’ensemble de la chrétienté. 

Merci à Bernard Legras et Daniel Oth d’avoir écrit ce traité passionnant, pédagogique et bien argumenté, qui nous fait réfléchir, entre la religion et la science, à notre sort d’être humain. Merci de l’avoir rédigé avec tant d’objectivité et d’avoir ainsi rendu leurs convictions si accessibles.

 

Préface de Monseigneur Olivier de Germay

Que l’on soit croyant ou pas, scientifique ou pas, le livre de Bernard Legras et Daniel Oth ne laisse pas indifférent. Il rejoint en effet les interrogations que tout homme se pose un jour ou l’autre sur l’origine du monde et celle de sa propre vie.

Avec beaucoup de respect pour les convictions de chacun, mais aussi avec l’autorité qu’offre la rigueur scientifique, Bernard Legras et Daniel Oth bousculent certaines idées reçues. Non, la foi n’est pas irrationnelle ! Les découvertes de la science montrent même que l’hypothèse d’un monde issu du hasard est hautement improbable, on pourrait écrire "déraisonnablement" improbable !

Nul doute que cet ouvrage stimulera les scientifiques en quête de sens, les invitant à s’interroger à partir de ce que la science permet d’expérimenter, sans pour autant s’y enfermer. S’appuyant sur des exemples concrets, les auteurs montrent que, loin d’être un obstacle à une démarche spirituelle, la science peut la favoriser. Autrement dit, on peut être croyant sans renier sa passion pour la science !

Les croyants – au moins au sens chrétien du terme – savent que les miracles ou les conclusions de la science sur l’existence d’une intelligence supérieure, s’ils peuvent favoriser une démarche de foi, ne conduisent pas automatiquement à l’adhésion en un Dieu personnel. Les miracles, par exemple, sont pour nous des signes qui, bien qu’apparemment évidents, laisse une place, même infime, au doute et donc à la liberté. Peut-être marqués par d’anciennes polémiques entre science et religion, les croyants se méfient aussi de ce qui pourrait s’apparenter à un concordisme entre science et Bible. Ce livre les conduit cependant à s’émerveiller devant l’extraordinaire cohérence entre les vérités issues de la raison seule et celles issues de la révélation. En cherchant humblement la vérité, raison droite et foi éclairée se rencontrent. Le temps est peut-être venu de signer la réconciliation entre science et religion ?

 

Prologue

Influencé vraisemblablement par ma formation à la fois médicale et scientifique, j'ai accordé depuis longtemps une importance notable à la rigueur, tant dans mon domaine professionnelqu'en dehors de celui-ci.

Pour nombre de mes amis non-croyants, mon cartésianisme a pu leur paraître antinomique avec mes croyances religieuses dont je ne fais pas mystère.

A partir de 2010, peut-être dans un esprit de justification, l'envie m'a pris d'écrire des ouvrages à orientation spirituelle qui faisaient la part belle au raisonnement ( Résurrection de Jésus : mythe ou réalité ?, 2011 ; Jésus est-il vraiment ressuscité ? , 2015 ; De Jésus à Mahomet : Dieu a-t-il changé d'avis ? , 2017).

En 2016, très intrigué par les thèmes développés dans l'ouvrage de José Rodrigues dos Santos, La formule de Dieu, j'ai rédigé un opuscule sur la création du monde et ce qui m'apparaissait comme des rapprochements entre la science et la religion.

Avec Daniel Oth – qui, lorsque j'étais jeune assistant en biophysique, travaillait dans le même laboratoire que moi et qui partage nombre de mes convictions – nous avons repris le texte en lui adjoignant sa contribution originale sur les miracles, la conscience et la matière ainsi que plusieurs annexes.

Le but de cet essai est de permettre au lecteur de mieux prendre conscience que la science peut s'accommoder de la foi. Et certains résultats scientifiques récents, assez peu connus dans le monde francophone, ne viennent pas contredire cette position.

Enfin, ce petit livre s'adresse particulièrement aux esprits curieux, sans a priori , ni jugement préétabli. Lecteur, soyez " dans un doute sain " .

 

Introduction

Pour beaucoup de scientifiques, le dialogue est impossible entre science et religion, comme ne craint pas de l'affirmer le Québécois Yves Gingras en titre d'un ouvrage publié en 2016 . Pour le démontrer, on n'hésite pas à revenir en mars 1616, au décret de la Congrégation de l'Index , qui annonçait officiellement la condamnation des idées de Copernic sur le mouvement de la Terre. Pour certains, cette censure ecclésiastique est devenue l'emblème d'une négation de l'autonomie de la recherche scientifique par les dogmes religieux.

Le thème du conflit a dominé les débats qui ont opposé depuis le dix-septième siècle les scientifiques aux autorités religieuses sur des questions d'astronomie, de géologie, d'histoire naturelle ou sur l'origine de l'homme et des religions.

Certes, la science et la religion forment deux domaines éloignés par leurs objets et leurs méthodes ; elles n'abordent pas les mêmes questions :

•  La science décrit les phénomènes, les mécanismes, les principes auxquels nous sommes soumis, en un mot le comment de notre existence.

•  La foi, de son côté, s'intéresse aux questions existentielles concernant le sens de notre vie ici-bas et dans l'au-delà, l'existence de Dieu, notre relation avec Lui, en un mot le pourquo i de notre existence.

Toutefois, les découvertes scientifiques du vingtième siècle que nous présentons ici : le Big Bang , le côté indéterministe et anthropique de l'univers, la non-séparabilité quantique, la mesure du temps cosmique, peuvent amener à se poser bien des questions métaphysiques. Et celles-ci peuvent interpeller les scientifiques du vint-et-unième siècle.

L'ouvrage comprend deux parties :

La première partie présentée de façon relativement abrégée et didactique, concerne la création du monde ainsi que d'autres phénomènes étonnants comme ceux obtenus par le physicien Alain Aspect montrant que des photons produits simultanément semblent rester en contact permanent même lorsqu'ils sont séparés dans le temps et l'espace. Les résultats scientifiques présentés ne s'opposent pas frontalement à la foi qui postule que le monde et ses lois sont l'œuvre d'un Créateur que le croyant nomme Dieu et à qui il attribue aussi des "miracles".

Ce thème des événements exceptionnels est scruté minutieusement dans la seconde partie par Daniel Oth qui s'appuie largement sur une approche probabiliste.  Il utilise cet accès scientifique pour évoquer des résultats expérimentaux publiés assez  récemment, qui suggèrent que la conscience humaine serait capable d'actions modestes mais significatives sur le monde physique. Ce qui autorise à envisager qu'une conscience très supérieure pourrait bien être à l'origine des phénomènes faisant l'objet de cet essai.

En complément, plusieurs annexes peuvent questionner également les lecteurs : les similitudes surprenantes entre la Genèse et les jours de l'univers, l'approche logique de la résurrection de Jésus et les découvertes scientifiques concernant le linceul de Turin.

Par ailleurs, les auteurs ont choisi d'user largement des notes en bas des pages pour permettre au lecteur d'approfondir le texte général. Pour ne pas surcharger les notes, certaines références et des liens Internet ont été regroupés à la fin de l'ouvrage.

Table des matières

Préface du Professeur Jacques Roland (page) 11

Préface de Monseigneur Olivier de Germay 15

Prologue 17

Introduction 19

Première partie : la création du monde

I – Le monde vu par la science, il y a cent ans 25

I.1 Le déterminisme de l'univers 25

I.2 L'univers statique et infini 27

II – Les bouleversements scientifiques 29

II.1 Le Big Bang 30

II.2 L'espace et le temps 33

II.3 L'indéterminisme 34

II.4 Que dit la science sur la création de l'univers ? 35

II.5 Brèves notions de physique quantique 36

II.6 Le désaccord entre Albert Einstein et Niels Bohr 38

II.7 L'expérience troublante d'Alain Aspect -

le concept de la non-séparabilité 40

III – Le principe anthropique 43

III.1 Les arguments POUR le principe anthropique 43

III.2 Une explication CONTRE le principe anthropique :

les univers parallèles 48

IV – Quinze milliards d'années ou bien six jours ? 49

V – Quelques commentaires 55

Seconde partie : miracles, matière et conscience

I – Les miracles 61

I.1 Introduction 63

I.2 Des événements très improbables 65

I.3 Incroyable, mais... vrai (si on y croit) 71

I.4 On n'est pas obligé d'y croire ! 74

I.5 Commentaires 76

II – La conscience peut-elle agir sur la matière 77

II.1 Le générateur électronique de nombres aléatoires 78

II.2 La double fente 85

II.3 Discussion 90

II.4 Sortir de l'impasse ! 94

III – « Elucubrations » qui se veulent raisonnables 97

Postface : le choix existentiel 103

Synthèse et conclusion 111

Annexes

1. La Genèse selon les jours de l'univers 117

2. Quelques témoignages de scientifiques 121

3. La résurrection de Jésus : le miracle par excellence ? 127

4. Le linceul de Turin et la science 137

5. Une pratique pluri-millénaire : l'acupuncture 151

6. Imposition de mains et cancers expérimentaux 155

7. Quiz 161

Bibliographie

Références 163

Liens Internet 169