` sommaire - ouvrages

 

 

Science et Religion

des rapprochements ?

 

Bernard Legras et Daniel Oth   

février 2017

 

 

Version pdf - plus compète (iconographie,…) : pour télécharger, cliquez-ici.


Table des matières

Introduction. 5

Première partie : LA CREATION DU MONDE. 7

I - Le monde vu par la science, il y a cent ans. 8

Le déterminisme de l’univers. 8

L’univers statique et infini 9

II – Les grands bouleversements scientifiques du siècle passé  11

Le Big-Bang. 11

L’espace et le temps. 13

L’indéterminisme. 14

Que dit la science sur la création ?. 14

Brèves notions de physique quantique. 16

Le désaccord entre Niels Bohr et Albert Einstein. 17

L’expérience troublante d’Alain Aspect 18

Conséquences de l’expérience d’Aspect : le concept de la  non-séparabilité  19

III – Le principe anthropique. 20

Les nombreux arguments POUR le principe anthropique  20

Une explication CONTRE le principe anthropique : les univers parallèles  22

IV - 15 milliards d'années ou bien six jours ?. 23

V – Quelques conclusions. 29

Deuxième partie : LES MIRACLES. 32

Des événements très improbables. 34

Incroyable, mais... vrai (si on y croit) 38

On n'est pas obligé d'y croire ! 41

Conclusion. 43

ANNEXES. 45

Annexe 1 - Le schéma "idéal" de Bell vérifié par Aspect 46

Annexe 2 - La Genèse en jours de l’univers. 48

Annexe 3 - Quelques témoignages de scientifiques. 51

Annexe 4 - Ce qu'on ne comprend pas. Le mystère de l'être  57

Annexe 5 - La résurrection de Jésus : le miracle par excellence ?  60

Annexe 6 - Le linceul de Turin et la science. 71

 

"La distinction épistémologique entre les savoirs est une condition nécessaire pour éviter des formes dommageables de confusion, cependant si la science et la foi sont des savoirs de formes profondément différentes, il n'est pas vrai de penser et d'enseigner, comme le font certains, qu'ils constituent des mondes à part et séparés, qui ne se rejoignent jamais : si l'un et l'autre ont un sens pour l'homme, c'est dans la vérité et la vérité de l'homme qu'ils deviennent, paradoxalement, des parallèles convergentes[]."

Paul Poupard, Cardinal, président du Conseil pontifical pour la culture  (Actes du 2ème Colloque interdisciplinaire sur Science et Foi, Ljubljana -  juin 2004)

Introduction

 

Pour beaucoup de savants, le dialogue est impossible entre sciences et religions[1]. Pour le démontrer, on n’hésite pas à revenir en mars 1616, au décret de la Congrégation de l’Index, qui annonçait officiellement la condamnation des idées de Copernic sur le mouvement de la Terre. Pour certains, cette censure ecclésiastique est devenue l’emblème d’une négation de l’autonomie de la recherche scientifique par les dogmes religieux.

Le thème du conflit a dominé les débats qui ont opposé depuis le XVIIème siècle les savants aux autorités religieuses sur des questions d’astronomie, de géologie, d’histoire naturelle ou sur l’origine de l’homme et des religions.

Certes, sciences et religions sont deux domaines éloignés par leurs objets et leurs méthodes[2] ; science et religion n'abordent pas les mêmes questions :

·         La science décrit les phénomènes, les mécanismes, les principes auxquels nous sommes soumis. en un mot le "comment" de notre existence[3].

·         La foi, de son côté, s'intéresse aux questions existentielles concernant le sens de notre vie ici-bas et dans l'au-delà, l'existence de Dieu, notre relation avec Lui, en un mot le "pourquoi" de notre existence.

Toutefois, les découvertes scientifiques du XXème siècle que nous présentons ici : le Big-Bang, le côté indéterministe et anthropique de l’univers, la non-séparabilité quantique, le lien surprenant entre la Genèse et les années de l’univers peuvent amener à se poser bien des questions métaphysiques.

Et celles-ci interpellent les savants du XXIème siècle et peut-être aussi le lecteur de ce petit essai.

L’ouvrage comprend deux parties rédigées par deux universitaires : Bernard Legras, professeur honoraire de santé publique, s’interroge, dans une première partie, sur la création du monde[4] ; dans la seconde, Daniel Oth, qui fut chercheur en cancérologie scrute les "miracles".

Plusieurs  annexes complètent le sujet principal.

Première partie : LA CREATION DU MONDE

 

Bernard Legras

 

"La probabilité que notre univers soit issu du hasard est comparable à celle d'un archer réussissant à planter sa flèche au milieu d'une cible carrée de 1 cm de côté et située à l'autre bout de l'univers. "

Trinh Xuan Thuan (astrophysicien)

 

"Aujourd’hui, l’idée d’un cosmos organisé apparaît même beaucoup plus pertinente qu’à l’époque de Voltaire : l’argument du grand horloger tient, l’évidence d’une organisation de l’ensemble de l’univers. Les découvertes scientifiques renforcent l’impression d’une organisation générale plus qu’elles ne la diminuent…. "

Michel Houellebecq (La vie -  janvier 2015)

 

Cliquez ici pour admirez un bref extrait de la vidéo de Matthew Cobb qui traduit à sa façon la création de l’univers et de notre terre.

 

I - Le monde vu par la science, il y a cent ans

 

Le déterminisme de l’univers

 

Le déterminisme est une théorie scientifique selon laquelle la succession des événements et phénomènes est due au principe de causalité. Nous n’envisagerons ici que le déterminisme universel, qui pose problème : peut-on considérer l’univers dans sa totalité comme un système déterministe ?

C’est au grand savant Laplace[5], que revient d’avoir affirmé le déterminisme universel dans toute sa rigueur :

"Nous devons envisager l'état présent de l'univers comme l'effet de son état antérieur, et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui pour un instant donné connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome: Rien ne serait incertain pour elle et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux" (Essai philosophiques sur les probabilités, 1814).

 

Ainsi, l’intelligence qui connaîtrait avec une absolue précision la position et la vitesse de tout objet dans la position initiale pourrait calculer l’évolution de l’univers à tout moment du temps. Déterminisme est dans ce cas synonyme de prédictibilité.

Pour les tenants du déterminisme, Dieu n’intervient pas dans l’histoire du monde. Ils reprennent souvent la célèbre boutade de Laplace par laquelle, devant Napoléon, il aurait relégué Dieu au rang de supposition[6].

Comme le citoyen Laplace présentait au général Bonaparte la première édition de son Exposition du Système du monde, le général lui dit : "Newton a parlé de Dieu dans son livre. J'ai déjà parcouru le vôtre et je n'y ai pas trouvé ce nom une seule fois." À quoi Laplace aurait répondu : "Citoyen premier Consul, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse."

L’univers statique et infini

 

Au début du XXème siècle, l’univers est comme une mécanique d’horlogerie.

Outre son côté rigoureusement déterministe, Il est considéré de plus comme statique, infini et éternel. L’univers est vu alors comme un lieu calme et paisible, pas plus vaste que notre galaxie, la Voie lactée.

En 1959, une enquête a été menée parmi les scientifiques américains de tout premier plan. Parmi les nombreuses questions posées, l'une d'entre elles était la suivante: "Quelle est votre conception de l'âge de l'univers ?" La réponse à cette question a été publiée dans Scientific American, la revue scientifique la plus lue dans le monde. Deux tiers des scientifiques, soit une majorité écrasante, ont fourni la même réponse : il n'y a jamais eu de commencement. Depuis Aristote et Platon, il y 2400 ans, on sait que l'univers est éternel.

Aussi, pouvaient-ils ajouter : Certes, nous connaissons ce que dit la Bible : "Au commencement". Mais, c'est une histoire sympathique, un conte pour enfants[7]. Notre connaissance est bien meilleure. Il n'y a jamais eu de commencement". Le divorce entre science et religion est plus profond que jamais, deux mondes irréconciliables.


II – Les grands bouleversements scientifiques du siècle passé

 

Un changement radical allait bouleverser la vision d’un univers statique.

En 1965, Penzias et Wilson découvraient l'écho du Big-Bang dans l'obscurité du ciel. Soudain le paradigme universel d'un univers éternel changea pour celui d'un univers avec un commencement. La science effectua alors un colossal changement de paradigme dans sa conception de l'univers. La science affirma alors que l'univers avait un début, c'est à dire que le premier mot de la Bible était juste[8].

D’autres découvertes sapèrent le modèle déterministe ancien.

Le Big-Bang

Dès 1922, le russe Alexandre Friedmann avait proposé le concept d’un univers en expansion. En 1927, le chanoine catholique et astronome belge Georges Lemaître[ décrivait dans les grandes lignes l’expansion de l’univers. Mais, c’est l'astronome américain Edwin Hubble en 1929 qui la mettait en évidence par la fuite des galaxies à une vitesse proportionnelle à leur distance.

Albert Einstein, en mettant au point la relativité générale, aurait pu déduire l'expansion de l'univers, mais a préféré modifier ses équations en y ajoutant sa constante cosmologique, car il était persuadé que l'univers devait être statique.

Le concept général du Big-Bang[9], à savoir que l’Univers est en expansion et a été plus dense et plus chaud par le passé ne fut cependant établi de façon décisive qu’en 1965 avec la découverte du fond diffus cosmologique[10], l'"éclat disparu de la formation des mondes"[11].

De façon générale, le terme Big-Bang est associé à toutes les théories qui décrivent notre univers comme issu d'une dilatation rapide, et est également le nom associé à cette époque dense et chaude qu’a connue l’univers il y a 13,8 milliards d’années.

En 2011, le Prix Nobel de Physique a été attribué à Saul Perlmutter, Brian Schmidt et Adam Riess. Ils ont soigneusement étudié dans des galaxies très lointaines de la nôtre, plusieurs douzaines d’étoiles en train d’exploser, qu’on appelle des supernovæ, et ils en ont conclu que l’expansion de l’Univers s’accélère. L’univers finira probablement dans les glaces (le big freeze). L’univers a eu un début, il aura une fin.

Le moment initial est une  « singularité » (point d’énergie infinie) qu’on ne peut pas étudier (temps inférieur à 10-38 seconde).

L’espace et le temps

 

Selon la théorie de La Relativité d’Einstein : plus un objet est lourd, plus le temps est lent à sa surface.

Au moment du Big-Bang, l’univers très  concentré était extrêmement lourd.

Des calculs fondés sur la théorie d’Einstein permettent de calculer la masse de l’univers en fonction du "temps écoulé" et d’estimer ainsi le temps écoulé lui-même en jours d’aujourd’hui.

L’indéterminisme

 

La complexité du réel est si grande qu’il est impossible de prévoir l’évolution future de l’univers.

L’évolution est indéterminable même si elle est déterminée. Plusieurs raisons scientifiques fournissent des explications :

      Le principe de l’indétermination (Heisenberg)

On ne peut pas prévoir avec précision le comportement d’une microparticule (dualité onde-particule). C’est le domaine de la mécanique quantique (abordée plus loin).

      Le  théorème de l’incomplétude (Gödel) 

Il y a des questions mathématiques qui sont valides mais qui ne sont pas démontrables.

      La théorie du chaos  (Lorentz, Mandelbrot…)

Certains systèmes déterministes sont non prédictibles à long terme du fait des conditions initiales (effet papillon).

Que dit la science sur la création ?

 

Il existe quinze constantes universelles connues avec une très grande précision.

Trois constantes principales avec dimension :

            la vitesse de la lumière : c = 299 792 458 m/s

            la constante de gravitation : g = 6,67428.10-11 m3.kg-1.s-2

            la constante de Planck : h = 6,626 068 96.10-34J.s ; elle correspond à la plus petite mesure indivisible. Elle relie l’énergie d’un photon E à sa fréquence f par : E=hf 

 

Une constante sans dimension est très étudiée :

            la constante de structure fine : α = 7,2973525698.10-3 ; elle régit la force électro-magnétique qui assure la cohérence des atomes et des molécules.

 

La science a montré que d’infimes changements des constantes  rendraient  toute vie impossible. A titre d’exemple, une petite variation dans la valeur de la constante de structure fine serait suffisante pour éliminer les étoiles comme le soleil. En la changeant de 4 %, le carbone ne serait plus produit lors de la fusion stellaire.

Un autre exemple frappant est donné par la densité initiale de l'univers : si cette densité s'était écarté un tant soit peu de la valeur critique qui était la sienne dès 10-35 seconde après le Big-Bang, l'univers n'aurait pas pu se constituer.

Brèves notions de physique quantique

 

      C’est la physique qui régit le comportement de la matière à l’échelle microscopique : le domaine des atomes, des particules qui constituent les atomes, des photons qui sont des grains de lumière.

      Elle fut développée au début du XXème siècle afin de résoudre différents problèmes non explicables par la physique classique : le rayonnement du corps noir, l'effet photo-électrique, l'existence des raies spectrales[12].

      Elle a permis de développer les technologies modernes, comme le téléphone portable, le GPS, l’ordinateur, le laser.

      Elle se démarque de la physique classique par plusieurs aspects et notamment par l'existence de grandeurs physiques ne pouvant se manifester que par multiples de quantités fixes, appelés quantas, qui donnent leur nom à la théorie.

      L'éminent physicien quantique Erwin Schrödinger nous provoque intellectuellement avec ce fameux chat qui se trouverait  en "états superposés", c'est à dire "à la fois mort et vivant", jusqu'à ce qu'une "perturbation du système", c'est à dire l'observation, détermine finalement un état dans lequel se trouve le matou.

 

Si ces notions et celles qui suivront vous paraissent trop ardues, dites-vous que vous n’êtes pas le seul.[13]

Le désaccord entre Niels Bohr et Albert Einstein

 

Niels Bohr et Albert Einstein étaient en désaccord sur le statut de la mécanique quantique[14].

Einstein avait tenté de montrer que les idées de Bohr conduisaient à admettre des signaux plus rapides que la lumière, en contradiction avec la théorie de la relativité : c’est le paradoxe EPR[15].

 Pour les départager, furent proposées les inégalités de Bell  (1964) ; ce sont des relations  des systèmes respectant la causalité relativiste.

C’est le physicien Aspect qui a montré la violation des inégalités de Bell et a donné raison à Bohr.

L’expérience troublante d’Alain Aspect

 

Il s’agit en fait d’une série d’expériences réalisées par Alain Aspect[16] à l'Institut d'optique à Orsay entre 1980 et 1982 (détails en annexe 1).

En utilisant une source de photons intriqués et un système de polariseurs paramétrables, Aspect a pu montrer que deux particules (deux systèmes quantiques différents) ayant une origine commune ne peuvent pas être considérées comme deux systèmes indépendants. Il y a un état d'intrication. L'éloignement physique des deux systèmes ne joue aucun rôle dans cet état (car il n'apparaît aucune variable de position). L'état quantique intriqué reste identique — toutes choses étant égales par ailleurs — quel que soit l'éloignement des deux systèmes.

Cette expérience (et toutes les suivantes) ont vérifié cet état dit de non-localité et également de non-temporalité.

 

Conséquences de l’expérience d’Aspect : le concept de la  non-séparabilité

 

L'intrication a "unifié" les deux objets qui ont été soumis à une interaction : ces deux objets restent "un" malgré leur éloignement spatial (et temporel).

On peut considérer que les deux particules (photons) forment un système avec des propriétés non localisées dans l’un ou l’autre des photons.

Dans cette interprétation, les deux photons, même séparés par des années-lumière, sont en contact permanent. Ils n’ont pas besoin d’échanger d’information à l’aide d’un moyen classique limité par la vitesse de la lumière.

Les particules doivent parfois être considérées comme des éléments d’un tout.


III – Le principe anthropique

 

L’univers a été conçu avec une précision propre à générer la vie. Est-ce pour que l’homme puisse y vivre ? : principe anthropique[17].

Les nombreux arguments POUR le principe anthropique

 

- Le premier argument déjà signalé est l'ajustement très fin des paramètres physiques de l'univers. Mais, il y en a bien d’autres[18].

 

- Mais cela ne garantit pas que la vie puisse s’y développer. Nous avons besoin d'une plate-forme. Nous l'appelons la Terre. Juste la bonne masse, juste la bonne gravité, pour retenir la bonne atmosphère avec suffisamment d'oxygène pour permettre la combustion (c'est à dire la production d'énergie), mais pas trop, car cela provoquerait la combustion spontanée des molécules de carbone de base. Ensuite, il y a notre axe incliné, qui permet à la lumière du soleil d’être répartie sur une surface de la planète beaucoup plus grande que si l'axe avait été vertical ou horizontal. Tout cela à une distance du soleil qui permet la présence d'eau liquide, pas de la glace (comme sur Mars), ni de la vapeur (comme sur Vénus).

 

- L’environnement de la terre  joue aussi  un rôle crucial :

- Sans la lune, l’axe de rotation de la Terre aurait pu changer constamment rendant la vie très difficile, voire impossible.

- si Jupiter et Saturne n’avaient pas existé, leurs masses énormes n’auraient pas servi de « paratonnerres » pour protéger la Terre en attirant les météorites qui l’auraient pulvérisée.

 

- Un autre "coup de chance" :

Le déplacement de la croûte qui s'était formée sur la surface de la terre, lorsque la planète refroidit et produisit les continents qui s'élèvent au-dessus du niveau des mers. Si ce déplacement n'avait pas eu lieu (ce qu’on appelle la tectonique des plaques), les continents ne se seraient pas formés. Cela semble bénin, jusqu'à ce que nous apprenions que si les continents ne s’étaient pas formés et que la terre soit restée relativement lisse, l'eau des océans recouvrirait la terre entière sur une hauteur de 2,5 km. 


- D’autres arguments sont de nature biologique : par exemple, la probabilité d’obtenir par hasard une protéine et une cellule.

Il existe plus de 2 milliards de milliards de façons de placer 20 entités (acides aminés) le long d’une chaîne. La réalisation des différentes probabilités pour obtenir la protéine idoine demande plus de temps que l’âge de la Terre (4 milliards d’années).

De plus, pas moins d’une centaine de protéines sont indispensables à la survie et à la reproduction d’une cellule "primitive"’ : 5 pour synthétiser les  corps gras, 8 pour l’approvisionnement en énergie, 10 pour la synthèse des nucléotides de l’ARN et de l’ADN et 80 pour synthétiser ses protéines.

Ainsi, l’hypothèse d’une création "par hasard" d’une cellule primitive vivante comportant 100 protéines semble bien improbable étant donnée la complexité des schémas mis en jeu.

 

Une explication CONTRE le principe anthropique : les univers parallèles 

 

Andreï Linde a développé un modèle dans lequel des mini-univers s’engendrent les uns les autres. Certains ont les mêmes caractéristiques que leurs parents, d’autres ont connu des mutations qui les rendent très différents. En grossissant, ces mini-univers se détachent de leurs parents et plus aucun contact ni passage d’un univers à l’autre n’est possible.

Le cosmos serait donc un ensemble de mini-univers s’engendrant les uns les autres et le nôtre aurait par hasard, seul ou non, les constantes adéquates pour que la vie consciente ait une chance de s’y développer.

Le modèle de Linde implique l’existence d’un grand nombre (1080 ou 10100) d’univers, voire d’une infinité d’univers. Nous serions dans un de ceux ayant reçu par hasard les bonnes constantes au même titre que si l’on joue au loto toutes les combinaisons de front, on est sûr de gagner.

Ce modèle est difficilement vérifiable s’il n’y a pas de connexion possible entre les différents mini-univers.

Je me permets de le trouver très alambiqué. Et ...au fait ...d'où viendrait cette hypothétique infinité d'univers ?

 

IV - 15 milliards d'années ou bien six jours ?[19]

 

Après le Big-Bang,  il y a eu une expansion de l'univers. L'espace s'est dilaté et c'est cette dilatation qui a produit un changement dans la perception du temps.

Imaginons que nous remontions des milliards d'années en arrière au commencement du temps. Supposons donc qu'à ce moment-là, lorsque le temps a pris forme, il y avait une communauté intelligente (ceci est totalement fictif). Supposons que cette communauté intelligente disposait d'un laser et qu'elle s'est mise à émettre des impulsions de lumière: à chaque seconde d'intervalle une impulsion de lumière, puis une autre et encore une autre toujours à une seconde d'intervalle. Supposons que des milliards d'années plus tard grâce à une antenne satellite nous recevions sur terre cette impulsion lumineuse. Sur cette impulsion de lumière (la transmission d'information sur onde lumineuse c'est ce qu'on appelle la transmission sur fibre optique) est imprimé le message suivant : "je vous envoie une impulsion toutes les secondes." Puis une seconde s'écoule et une autre impulsion est émise.

La lumière voyage à la vitesse de 300 millions de mètres à la seconde. Par conséquent les deux impulsions lumineuses sont séparées à l'origine par 300 millions de mètres. Elles voyagent à travers l'espace pendant des milliards d'années pour atteindre la terre des milliards d'années plus tard. Mais, un instant. L'univers est-il statique ? Non. L'univers est en expansion. C'est la cosmologie de l'univers et cela veut donc dire qu'il est en expansion dans un espace vide situé à l'extérieur de l'univers. Cependant il n'y a pas d'espace à l'extérieur de l'univers. L'univers est en expansion du fait de la dilatation de l'espace. Qu'est-il donc arrivé à ces impulsions de lumière qui ont voyagé durant des milliards d'années alors qu'il y a eu expansion de l'univers? Ces impulsions se sont trouvées de plus en plus distantes les unes des autres du fait justement de la dilatation de l'espace entre ces impulsions. Lorsque des milliards d'années plus tard, la première impulsion arrive, on s'exclame: "Oh, une impulsion ! " Avec écrit dessus : "je vous envoie une impulsion toutes les secondes". Là, vous appelez tous vos amis et vous attendez l'impulsion suivante. Mais arrive-t-elle une seconde plus tard ? Non ! Une année plus tard ? Probablement pas non plus. C'est peut-être des milliards d'années plus tard. Car ce qui va permettre de mesurer la dilatation qui s'est produite c'est le temps qu'aura passé l'impulsion de lumière à voyager à travers l'espace. Ceci relève de la cosmologie commune.

Aujourd'hui nous considérons le temps en regardant en arrière et nous voyons 15 milliards d'années. En regardant en avant lorsque l'univers était très petit – des milliards de fois plus petit – la Bible voit, elle, six jours. En vérité les deux visions peuvent être correctes.

Ce qu'il y a de sensationnel dans les quelques années qui se sont écoulées dans le domaine de la cosmologie, c'est le fait que nous disposons aujourd'hui des données permettant de connaître la relation qui existe entre la perception du temps à l'origine et celle qu'on a du temps aujourd'hui. Ceci ne relève pas de la science-fiction. N'importe quel traité de physique fait état du même chiffre. Le rapport entre le temps proche de l'origine et celui d'aujourd'hui se chiffre à un million de millions. C'est un nombre composé d'un 1 suivi de 12 zéros. Si donc une observation depuis l'origine conduisait à dire "je vous envoie une impulsion toutes les secondes "verrions-nous pour autant arriver ces impulsions toutes les secondes ? Non. Nous les verrions arriver distantes d'un million de millions de secondes. Cela est dû à l'effet de dilatation induit par l'expansion de l'univers.

La Bible ne dit pas "chaque seconde", n'est-ce pas ? Elle parle de six jours. Comment percevrions-nous ces six jours ? Si la Bible disait qu'il s’est transmis de l'information pendant six jours, recevrait-on cette information sur 6 jours ? Non. Nous la recevrions sur une période de 6 millions de millions de jours. Car la Bible regarde depuis le début vers l'avant.

Six millions de millions de jours représentent un nombre très intéressant. Combien cela donne-t-il en années ? En divisant par 365 on obtient 16 milliards d'années; c'est l'estimation de l'âge de l'univers. Pour 3000 ans en arrière c'est pas mal deviné.

Le fait que ces deux chiffres coïncident est extraordinaire. Je ne m'exprime pas ici en tant qu'homme religieux. Je fais là une déclaration scientifique. Je n'ai pas sorti ces chiffres d'un chapeau. C'est pour cette raison que j'ai mené cette explication très lentement de telle sorte que vous puissiez la suivre pas à pas.

A présent on peut aller un cran plus loin. Considérons le développement du temps, jour après jour en nous appuyant sur le facteur d'expansion. A chaque fois que l'univers double, la perception du temps est divisée par deux. Lorsque l'univers était très petit il a doublé très rapidement. Mais à mesure que l'univers a grandi le temps de doublement s'est allongé exponentiellement. Le facteur d'expansion est mentionné dans le livre The Principles of Physical Cosmology, livre qui est littéralement utilisé dans le monde entier[20].

Le calcul se conduit comme suit :

Le premier des jours bibliques a duré 24 heures selon la perspective "du commencement du temps". Cependant, selon notre perspective du temps la durée a été de 8 milliards d'années.

Le deuxième jour a duré 24 heures selon la perspective biblique. Selon la nôtre, la durée a été la moitié du jour précédent, soit 4 milliards d'années.

Le troisième jour a aussi duré la moitié du jour précédent, soit 2 milliards d'années.

Le quatrième jour, un milliard d'années.

Le cinquième jour, un demi-milliard d'années.

Le sixième jour, un quart de milliard d'années.

Lorsqu'on additionne les six Jours, on obtient pour l'âge de l'univers 15,75 milliards d'années ; proche de celui obtenu par la cosmologie moderne. Est-ce le fruit du hasard ?

Mais il y a plus. La Bible va plus loin et nous dit ce qui s'est produit chaque jour (annexe 2).


V – Quelques conclusions

 

Les découvertes du siècle passé sont en faveur d’un rapprochement de la science et de la religion.

Ces découvertes exceptionnelles ont montré que l’univers a été créé il y a près de 14 milliards d’années et qu’il est en expansion. Il est conçu avec une précision propre à générer la vie (principe anthropique). Il est difficile de croire qu’il s’agit d’un hasard.

Cette conclusion pose inévitablement le problème du créateur (Dieu ?). Des scientifiques et non des moindres - ne confondant pas leur travail scientifique avec leur conviction personnelle - sont dans le doute. Beaucoup d'entre eux ont fait le saut. Ils revendiquent leur croyance en un "principe créateur" qui règle d'une façon parfaite le mouvement de l'univers (voir annexe 3).

Résumons de nouveau l’histoire extraordinaire du Big-Bang.

L'histoire connue commence alors que l'univers avait déjà atteint l'âge de 10-43 secondes - le temps de Planck. Avant, on ne sait rien. Cette période inconnue est d'une brièveté inouïe : A cet « âge » de 10-43 secondes, l'univers était vraiment tout petit : il était alors des millions de milliards de fois plus petit qu'un atome ! Il était chaud, une fièvre gigantesque, cosmique ! Des milliards de milliards de degrés !

Puis, pour une raison inconnue, que les scientifiques ne s'expliquent pas, le vide si vivant s'est mis à enfler. C'est comme si quelqu'un a donné le signal du début. En moins de temps, nous dit Françoise Harrois-Monin, qu'un battement de cil (entre 10-43 et 10-32 seconde), son volume a été multiplié par 1050 ! Et sans que l'on sache pourquoi, sont apparues les premières particules de matière. Après cette barrière fatidique des trois cent mille ans, des nuages de gaz se sont formés. Ils donnèrent naissance aux milliards de galaxies pendant près de 15 milliards d'années. Une minuscule poussière - Notre Terre - en faisait partie.

 

Une dernière conclusion

 

Le croyant :

Il pourra opter pour une foi éclairée en réinterprétant les versets de la Bible à la lumière de la science, de la philosophie et de la raison. La théorie de l'évolution théiste semble être une solution acceptable. Elle consiste à considérer l'évolution comme étant le moyen du "dessin intelligent" du créateur (il se distingue du créationnisme de la théorie de la jeune terre ou du créationnisme progressiste - qui admet une intervention de Dieu à plusieurs endroits du temps pour apporter les nouvelles espèces).

 

Le non-croyant :

Il pourra s’arrêter sur les divergences entre science et religion en arguant que les similitudes sont soit fausses, soit dues au fait que même une horloge cassée indique la bonne heure deux fois par jour.

Cela ne lui interdira néanmoins pas de se laisser fasciner par la magie du monde.

Deuxième partie : LES MIRACLES

 

Daniel Oth

 

Après l'évolution d'entités inconnues pendant le très court temps de Planck, d'éléments sub-particulaires, de particules, d'atomes, de molécules, du processus vital, de la pensée utilitaire, de la pensée rationnelle et de la pensée spiritualiste, est venu la pensée religieuse et la foi. Cette dernière repose en partie sur l'intime conviction, qui ne se discute pas. En partie aussi sur des écritures qui sont lues, interprétées, commentées et amplement discutées et disputées. Et enfin sur quelques phénomènes mystérieux nommés "miracles". Source de croyances aveugles pour certains, purs mensonges ou illusions pour d'autres, assez rarement discutés car tabous aussi bien chez certains religieux que chez certains scientifiques.

Voici à leur sujet mon point de vue de scientifique croyant.

 

 

Les miracles, on n’en parle pratiquement plus dans les églises, sans doute parce qu'on peut aussi avoir la foi sans être obligé de croire aux miracles. Il y a eu tellement d’escroqueries ou d’illusions avec de soi-disant miracles qu'aujourd'hui on se sent souvent mal à l’aise d’en parler. Pourtant s'il devait n'y avoir qu'un seul miracle dans la foi chrétienne, c'est bien celui de la résurrection de Jésus.  La grande majorité des scientifiques rejette tout miracle. Cependant il existe des phénomènes incroyables mais avérés, pour lesquels on ne trouve aucune explication rationnelle convaincante. Alors, qu'en penser ?

 

Dans la perspective que je propose, il n’y a aucun phénomène "surnaturel", mais des phénomènes naturels dont la probabilité de survenue est très faible. Cette vue n’a rien d’anti-scientifique : ainsi le physicien théoricien Brian Greene, dans son livre L’Univers Élégant ose nous dire que la probabilité que notre corps passe au travers d'un mur n’est en réalité pas nulle, à condition de faire un très très grand nombre d’essais[21]. Ainsi ce que nous appelons "impossible" devrait plutôt s’appeler "très hautement improbable".  On peut appliquer ce raisonnement probabilistique dans le cas de nombreuses autres manifestations bizarres. Cependant, dans la quasi-totalité des cas, les bases de calcul sont impossibles à établir.

 

Des événements très improbables

 

Par exemple, à Fatima au Portugal, le 13 octobre 1917, plusieurs milliers de personnes ont pu assister à des phénomènes exceptionnels à un moment bien précis. Pendant plusieurs minutes le soleil a semblé "danser", une pluie abondante et chaude est tombée et s'est évaporée quelques minutes après. Même des incroyants ont témoigné du phénomène, tel que le journaliste de O Secolo dépêché par son journal pour assister à la scène. Et aucun illusionniste n'a pu reproduire un tel phénomène depuis. Plusieurs explications naturelles ont bien entendu été fournies. Mais ce qui me semble le plus remarquable, c'est que cet événement avait été annoncé trois mois plus tôt par trois jeunes enfants tout à fait ignorants, qui avaient eu le culot de convoquer la foule pour leur montrer un "miracle" promis par l'apparition de la Vierge "afin que chacun puisse croire". Bien sûr tout cela a pu se produire "par hasard" ! Je ne vois pas de moyen pour en chiffrer la probabilité, mais je pense que personne ne me contredira si je dis que cette probabilité est extrêmement faible.

 

On pourrait citer d'autres exemples et y appliquer le même type de raisonnement. Bien entendu il faut se garder de prendre en considération des phénomènes relevant uniquement du psychisme, et surtout ne pas croire sur parole les propos d'escrocs ou de gens mentalement dérangés. Je recommande les livres de Joachim Boufflet, qui a étudié les miracles avec esprit critique. En plus d'une Histoire des Miracles, il a aussi dénoncé Les Faussaires de Dieu, de quoi nous édifier aussi sur les faux miracles, sans doute beaucoup plus nombreux que les vrais.

 

Je voudrais ici sélectionner un miracle pour lequel il existe une base de calcul susceptible d'orienter l'estimation du degré de vraisemblance. Il s'agit d'un "miracle eucharistique", tel qu'il en a été décrit un assez grand nombre au cours de l'histoire et jusque de nos jours. Celui dont je veux parler a fait l'objet d'une étude scientifique. Il s'agit du "miracle de Lanciano". En bref : vers le septième siècle, en Italie, un moine sceptique distribuait la communion sous les deux espèces. On raconte qu’il vit tout à coup l’hostie devenir chair et le vin devenir sang. Ce dernier coagula. Tout fut conservé pieusement. En 1970-71 ces échantillons furent donnés à analyser à l‘université de Sienne. La chair et le sang étaient tous deux du groupe AB. L’étude fut publiée par le Dr O. Linoli[22].  En 1976 l'Organisation Mondiale de la Santé a commandé une seconde étude de ces échantillons, qui a confirmé les résultats de Linoli.

 

Ce groupe AB trouvé sur le sang de Lanciano est le même que celui de trois échantillons de sang provenant, selon  une certaine tradition, de Jésus lui-même. Ces échantillons sont : La Tunique d'Argenteuil, que Jésus aurait porté au moment de son supplice. Le Sudarium d'Oviedo, qui aurait essuyé le visage de Jésus après son supplice. Le fameux Suaire de Turin, qui aurait recouvert le corps de Jésus au tombeau et porterait des marques de la résurrection. Il existe évidemment des polémiques passionnées sur l'authenticité de ces trois reliques, qui ont fait l'objet de nombreuses études scientifiques depuis les années 80, par des croyants et des incroyants. Ces 3 échantillons contiennent du sang du groupe AB. La fréquence de ce groupe est rare dans la plupart des populations humaines. En Europe Occidentale, elle est d’environ 4%.

 

Si ces 3 reliques sont vraiment authentiques, c'est à dire toutes trois marquées du sang de Jésus, elles ne devront compter que comme un seul échantillon dans la statistique puisque venant du même donneur.  Il faut donc calculer la probabilité de trouver, par hasard,  2 fois le groupe AB : une fois pour les 3 reliques, une fois pour le "miracle" de Lanciano. Dans cette hypothèse, le rôle du hasard dans l'observation du résultat se calcule par 4%  fois 4%, soit moins d'une chance sur 100. Si les 4 échantillons résultent tous de fraudes, et s'ils ont été préparés de façons indépendantes l'une de l'autre, la probabilité de retrouver par hasard 4 fois le groupe AB est d'à peu près 4% à la puissance 4, soit environ 1 chance sur 400000.

 

Ces observations interpellent. Si des manœuvres frauduleuses faites par des gens ignorant la notion même de groupe sanguin, ont abouti dans tous les cas à un résultat statistiquement peu probable voire très peu probable, je pose la question : n'y aurait-il pas quelque chose derrière le hasard ? Que les partisans du hasard seul se rassurent, statistiquement ils gardent leur chance. Mais ces chances me paraissent plutôt minces et pour cette raison je leur demande de ne pas se moquer des gens qui croient à la fois à Dieu et au hasard. Albert Einstein n'a-il-pas dit "Le hasard, c’est Dieu qui passe incognito" ?

 

Si comme moi on croit que "quelque chose" peut exister en plus du simple hasard[23] pour expliquer la rareté d'évènements naturels,  je propose d'utiliser le même concept pour expliquer des phénomènes qui paraissent beaucoup moins naturels et peuvent donc être classés comme "miracles". Certains de ces phénomènes rares et inexpliqués n'en existent pas moins, si on se fie à des témoignages sérieux de personnes qui les ont observés de près. Je fais grâce des guérisons dites "miraculeuses", trop faciles à critiquer. Il y a des phénomènes bien plus curieux.

 

Incroyable, mais... vrai (si on y croit)

 

Par exemple, les "stigmatisés", qui portent sur leur corps les plaies de la Passion de Jésus, dont certains des plus contemporains ont été observés médicalement. Les rationalistes tentent d'expliquer ces phénomènes par l'"hystérie", mais le Professeur Lhermitte, spécialiste  reconnu mondialement de l'hystérie, reconnait son incapacité à expliquer scientifiquement un phénomène qu'il qualifie de "préternaturel"[24].

 

Egalement, on a observé que les dépouilles de certains saints sont restées intactes plusieurs années après le décès, sans aucune tentative de conservation de cadavre, comme c'est le cas de celui de Lénine dans le mausolée de la Place Rouge. Les conditions géologiques ou physico-chimiques ne peuvent être impliquées et même certains cadavres, comme celui de Saint François Xavier, ont résisté à la chaux vive. Ce phénomène est également observé en dehors de tout contexte religieux ou mystique[25] ce qui affaiblit l'argument de fraude. Ma question : Pourquoi cela arrive-t-il ? J'ai du mal d'invoquer le simple hasard.

 

Comment accepter le "miracle" de la résurrection de Jésus. Nous avons les témoignages de plusieurs personnes (jusque 500 à la fois), qui ont vu, et même touché (Saint Thomas) Jésus après sa mort. Qui aurait eu le moindre intérêt à mentir au péril de sa vie sur un sujet aussi incroyable ? Qu'a-t-il bien pu arriver ?[26]

 

Hypothèse : le cerveau humain peut subir des transformations brusques amenant à des capacités inexplicables par la science actuelle. Ceci dans des contextes religieux ou non. Après la résurrection, l'Ecriture rapporte que des disciples de Jésus se sont vus brusquement dotés de xénoglossie, c'est à dire de la capacité de pratiquer une langue étrangère existante, qu’on n’a pas apprise[27]. Ceci peut être vu comme une sorte de prodige qui ne viole pas les lois de la physique. Ce phénomène, rare évidemment, est avéré jusqu'à nos jours[28].

 

Si une telle imprégnation intellectuelle est possible, on peut penser qu'une autre sorte d'imprégnation intellectuelle pourrait aussi amener à percevoir la présence d'un individu qui en réalité se situe à un endroit éloigné. Et un tel phénomène a été plusieurs fois décrit, on l'appelle la bilocation. Evidemment c'est rare, mais encore relaté de nos jours. Ainsi Yvonne-Aimée de Malestroit, religieuse et résistante, fut dotée de propriétés de bilocation, stigmates et xénoglossie. De plus son cadavre fut retrouvé bien conservé 6 ans après son enterrement[29]. Dans son cas des explications à base de "psy" sont donc pour le moins insuffisantes. Et quelle est la probabilité que tout ceci soit arrivé "par hasard" à une même personne ?

 

On peut donc émettre l'hypothèse que c'est sous une forme de bilocation que Jésus est apparu à ses disciples après sa mort. C'est sans doute avec cette intuition que l'Eglise parle du "corps glorieux de Jésus, le premier ressuscité d'entre les morts". Cette interprétation semble rejoindre celle du Père Joseph Moingt[30].

 

On n'est pas obligé d'y croire !

 

Bien entendu, pour un incroyant, ce qui précède peut être considéré comme résultant, dans le meilleur cas, de pures illusions ou de mauvaises interprétations de certains textes, ou dans le pire cas de fabrications destinées à mentir aux gens pour les asservir.  Je conçois, même si ce n'est pas ma démarche, qu'on peut choisir d'ignorer certains faits en niant simplement leur réalité.

 

Je constate que la rigidité intellectuelle de certains, qui ne veulent pas croire (c'est leur droit), peut s'apparenter à de l'aveuglement. Exemple : l'auteur Américain Douglas Kennedy est un athée affirmé. Ce romancier célèbre a lui-même effectué une enquête sur la religion dans la Bible Belt des Etats-Unis, qu'il a publiée sous le titre français Au Pays de Dieu. Il y relate l'anecdote suivante : dans une famille  "branchée", la fille fréquente un adepte d'une secte sataniste. Elle désire cependant revenir à la foi, et se propose de relire les Ecritures. Chez elle, au moment précis où elle ouvre la Bible, toutes les ampoules électriques de la maison "grillent". Kennedy ne semble pas mettre en doute la véracité de cette histoire[31]. Pourtant un esprit curieux devrait se poser immédiatement la question suivante : quelle est la probabilité que "toutes les ampoules" grillent en même temps dans un foyer quelconque de la Bible Belt ? Cette probabilité doit être multipliée par la probabilité qu'une Bible soit ouverte à l'instant exact où grillent ces ampoules. Pour aller jusqu'au bout, il faut multiplier la probabilité combinée précédente par la fréquence de familles de la Bible Belt dont l'enfant possède un rapport avec une secte satanique. Même s'il n'y a eu aucun "miracle", l'événement rapporté était donc éminemment improbable. Cette question ne semble cependant pas avoir effleuré Kennedy, apparemment confortable dans son athéisme.

 

Conclusion

 

Dans ce qui précède, j'ai tenté de fournir des explications potentiellement acceptables, avec un moyen effort, pour certains miracles. En plus de ceux évoqués ci-dessus, il en existerait d'encore plus incroyables (décrits notamment par Boufflet) qui défient totalement notre capacité explicative. Par exemple, l'échappement à la gravité (Jésus marchant sur l'eau, le moine Tibétin "volant" décrit par Alexandra David-Neel) ou encore la matérialisation d'objets à partir de rien (multiplication des pains, multiplication des réserves de riz racontée par Gösta Öman). Perplexe, je n'ai aucune explication plausible à proposer, et dans ce cas je  pencherais peut-être du côté des sceptiques. Mais "Que sais-je" ?

 

Finalement je crois que, malgré la culture très matérialiste qui règne sur nos sociétés, il n'y a pas d'incompatibilité entre la foi et la science. Cette opinion, déjà exprimée par Blaise Pascal dans son fameux pari, est exprimée par plusieurs scientifiques reconnus[32], tel que l'astrophysicien américain Bernard Haisch, dont les deux livres n'ont malheureusement pas été traduits en français[33]. Cet auteur, qui propose une théorie de la création faisant intervenir Dieu, n'est pas un de ces fondamentalistes créationnistes dont l'Amérique est trop dotée en ce moment. Haisch affirme croire tout à la fois en Einstein, Darwin et Dieu, et se dit "chrétien libre".

 

ANNEXES


Annexe 1 - Le schéma "idéal" de Bell vérifié par Aspect

 

Une source de photons intriqués S émet simultanément deux photons et dont la polarisation est préparée de telle manière que le vecteur d'état de l'ensemble des deux photons soit :

 

Cette formule signifie tout simplement que les photons sont en état superposé : tous les deux en polarité verticale, ou tous deux en polarité horizontale, perpendiculaire, avec une probabilité égale.

Ces deux photons sont ensuite mesurés par deux polariseurs P1 et P2, chacun ayant un angle de mesure paramétrable α et β. Le résultat de la mesure de chaque polariseur est (+) ou (-) selon que la polarisation mesurée est respectivement parallèle ou perpendiculaire à l'angle de mesure du polariseur.

Il y a un point important à souligner ici : les polariseurs imaginés dans cette expérience idéale donnent un résultat mesurable dans le cas (+) ET dans le cas (-). Les polariseurs utilisés par Alain Aspect détectent bien les deux cas (+) et (-), se rapprochant ainsi de l'expérience idéale.

Étant donné le dispositif et l'état de polarisation initial donné aux photons, la mécanique quantique permet de prédire les probabilités de mesurer (+,+), (-,-), (+,-) et (-,+) sur les polariseurs (P1,P2), orientés sur les angles (α,β) ; pour rappel :

           

On peut démontrer que la violation maximale des inégalités est prévue pour |α-β| = 22,5°


Annexe 2 - La Genèse en jours de l’univers

 

On doit comprendre les jours de la Bible comme les jours de l’univers !

Le 1er jour a donc commencé il y a 15,7 milliards d’années.

La Bible dit "Dieu dit que la lumière soit! Et la lumière fut".

Nous savons que c’est à cette époque que s’est produit le Big-Bang et que la matière s’est créée. Puis les étoiles et les galaxies se sont formées.

Le 2ème jour a commencé il y a 7,7 milliards d’années.

La Bible dit " Dieu sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus".

Nous savons que c’est durant cette période que s’est formée notre galaxie, la voie lactée dont le soleil.

Le 3ème jour a commencé il y a 3,7 milliards d’années.

La Bible dit "Dieu dit que le sec paraisse - Que la terre produise de la verdure et des arbres fruitiers donnant du fruit".

Nous savons que la terre s’est refroidie au cours de cette période et que l’eau est apparue à l’état liquide aussitôt suivi par l’apparition de végétation marine. 

La Bible établit que la terre n’a été créée que le 3ème jour. De fait, bien que l’on parle de jour terrestre, la Bible se réfère à l’évidence au 3ème jour à l’échelle de l’univers, puisque dans les 2 premiers, la terre n’existait pas.

Le 4ème jour a commencé il y a 1,7 milliard d’années.

La Bible dit "Dieu dit qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années".

Les "luminaires" sont apparus le 2ème jour mais n’étaient visibles de la terre que le 4ème jour quand l’atmosphère de la terre est devenu transparente. C’est à cette période que la photosynthèse a commencé à produire de l’oxygène.

Le 5ème jour a commencé il y a 700 millions d’années.

La Bible dit "Dieu dit que les eaux produisent des animaux vivants et que des oiseaux volent vers l'étendue du ciel".

Nous savons par les études géologiques et biologiques que pour cette période sont apparus  les animaux multicellulaires, toute la vie marine ainsi que les premiers animaux volants.

Le 6ème jour et dernier a commencé il y a 250 millions d’années.

La Bible dit "Dieu dit que la terre produise des animaux vivants" - Puis Dieu dit "faisons l'homme à notre image et qu'il domine sur toute la terre".

Les animaux terrestres existent depuis plus longtemps mais ces 250 millions d’années correspondent à la grande extinction des dinosaures. Après, la terre a été repeuplée et l’homme surgit à la fin de la chaine de l’évolution.


Annexe 3 - Quelques témoignages de scientifiques


Alors que le monde scientifique était dominé auparavant en majeure partie par des agnostiques et des athées, les récentes découvertes scientifiques ont amené certains scientifiques agnostiques à reconnaître que l’idée d’un créateur serait une déduction presque évidente.

Suite à ces dernières découvertes, voici ce que quelques scientifiques de renom ont confessé, en débutant par des lauréats du prix Nobel.


1. Arno Allan Penzias, prix Nobel de physique en 1978 :

 “L’astronomie nous mène vers un évènement unique : un univers créé à partir de rien, un univers dont un équilibre parfait dans les lois de la physique est requis afin de permettre la vie et un univers qui est le résultat d’une volonté sous-jacente, ou plutôt surnaturelle”.

(Cosmos, Bios, and Theos p. 83)


2. William Daniel Philips, prix Nobel de physique en 1997 :

“Je crois en Dieu et en réalité en un dieu qui interagit avec la création. Je pense que les observations sur l’ordre de l’univers physique ainsi que l’ajustement exceptionnel des conditions de l’univers qui rend possible la vie humaine suggèrent qu’une intelligence existe. Je crois en Dieu du fait d’une foi personnelle mais une foi qui ne rentre pas en conflit avec ce que je connais de la science”.

(Lettre à T. Dimitrov, 19 mai 2002)

 
3. Arthur H. Compton, prix Nobel de physique en 1927 :

“Derrière chaque plan il y a une intelligence et l’ordre parfait de l’univers témoigne de la véracité de la plus majestueuse des citations : Au commencement Dieu créa l’univers.

(Chicago Daily News, 1936)


4. George Wald, prix Nobel de médecine en 1967 :

”Lorsqu’il s’agit de l’origine de la vie, il y a uniquement deux possibilités : la création ou la génération spontanée (l’évolution). Il n’y a pas de troisième possibilité. Étant donné que la génération spontanée a été discréditée il y a environ 100 ans maintenant, la seule possibilité est une création surnaturelle mais vu qu’on ne peut pas accepter cela pour des raisons personnelles, on choisit de croire à l’impossible, c’est à dire que la vie est apparue par chance”.

(cité dans L’effondrement de l’évolution de Scott M. Huse, p. 3)

 

Christian de Duve, prix Nobel de médecine en 1974 : 

 "Si vous faites dépendre la probabilité de la naissance d'une cellule de bactérie de l'assemblage aléatoire de ses atomes, l'éternité ne suffira pas à produire une seule... La vitesse à laquelle l'évolution a progressé une fois qu'elle a découvert la bonne voie, pour ainsi dire, et la manière apparemment auto-catalytique par laquelle elle s'est accélérée sont vraiment étonnants ... [Pourtant] la chance et le hasard seuls ont accompli cela. Mais ce n'est pas là, comme certains veulent le prétendre, toute la réponse, car le hasard n'a pas fonctionné dans le vide. Il a fonctionné dans un univers régi par des lois ordonnées et fait de matière douée de propriétés spéciales. Ces lois et ces propriétés sont les contraintes qui façonnent les aléas de l'évolution et qui restreignent le nombre de résultats possibles...Face à l'énorme somme de tirages gagnants sortis de la loterie de l’évolution, on peut légitimement se demander si cette réussite n’est pas effectivement inscrite dans le plan de l'univers." 

 

George Ellis, astrophysicien anglais et vainqueur du prix Templeton en 2004 :

“Un ajustement stupéfiant se produit dans les lois de l’univers, rendant la vie possible. En réalisant cela, il est difficile de ne pas utiliser le terme miracle sans prendre position sur le statut ontologique de ce monde”.

 (Le principe anthropique, p. 30)

 
Fred Hoyle, astronome anglais qui est à l’origine de l’invention du terme  Big-Bang ) :

“Une interprétation de bon sens des faits suggère qu’une super intelligence interagit avec la physique, la chimie et la biologie, et qu’il n’y a aucune force aveugle dont il serait intéressant de parler dans la nature. Ces faits sont si accablants que cette conclusion n’est presque pas une question à soulever.”

(L’univers : réflexions passées et présentes, p. 20-16)


George S. Greenstein, professeur d’astrophysique à l’université d’Amherst :

“Lorsqu’on survole toutes les preuves scientifiques, la pensée qu’une intelligence a dû être impliquée revient constamment. Est-ce donc possible que soudainement et sans le vouloir, nous sommes tombés sur des preuves scientifiques de l’existence d’un être suprême ? Et est-ce cet être suprême qui a conçu le cosmos judicieusement pour notre propre intérêt ?

(F. Heeren, Montre-moi Dieu, p. 233)

 
John O’Keefe, astronome à la NASA pendant presque 40 ans qui a notamment travaillé pour le programme Apollo :

“Si l’univers n’avait pas été fait avec cette précision si exacte, on n’aurait jamais pu voir le jour. C’est donc mon opinion que l’univers a été créé pour que les humains puissent y vivre.”

 (F. Heeren, Montre-moi Dieu, p. 200)

 
Paul Davies, astrophysicien britannique, vainqueur de deux prix Eureka, prix Faraday en 2002 et Templeton en 1995 :

“Il y a pour moi des preuves très fortes que quelque chose se passe derrière tout ça…on a l’impression que quelqu’un a ajusté ces nombres des lois de la nature afin de créer l’univers…la sensation d’un dessein intelligent est débordante.”

(L’empreinte cosmique, p. 203)

 
Edward Arthur Milne, cosmologiste et mathématicien britannique, qui reçut la médaille d’or de la société royale d’astronomie en 1935 :

“Concernant la cause de l’univers, dans le contexte de l’expansion, celle-ci reste à être déterminée mais la vue globale de la chose reste incomplète sans Dieu.”

(F. Heeren, Montre-moi Dieu, p. 166)


Alexander Polyakov, célèbre mathématicien et physicien russe, vainqueur du prix Harvey en 2010 et Lars Onsager en 2011:

“Nous savons que la nature s’explique par les meilleurs mathématiques qu’il puisse y avoir parce que c’est Dieu qui l’a créée.”

(S. Gannes, 13 Octobre 1986. Fortune. p. 57)

 
Henry Fritz Schaefer, chimiste américain, médaillé de la Société Royale de Chimie de Londres en 1992, vainqueur du prix Joseph O. Hirschfelder en 2005 :

“La joie et l’importance dans ma science provient des moments occasionnels où je découvre quelque chose et me dit : Ah, voilà comment Dieu l’a fait ! Mon but est de comprendre comment fonctionne une minuscule partie de la création de Dieu.”

(J.L Sheler et J.M. Schrof,  La création, p. 56-64)

 
Wernher von Braun, ingénieur allemand qui fut directeur du centre de vol spatial de la NASA :

“Je trouve qu’il est aussi difficile de comprendre qu’un scientifique ne reconnaisse pas la présence d’un être supérieur derrière l’existence de l’univers qu’un théologien qui renierait les progrès de la science.”

(T. McIver, L’enquêteur sceptique, 10, p. 258-276)

 


Annexe 4 - Ce qu'on ne comprend pas. Le mystère de l'être

 

André Comte-Sponville (Le monde des religions – juin 2016)

Rien ne naît de rien. Ce principe, pourtant indémontrable, est l'un des plus universellement acceptés. C'est qu'on n'en connaît aucune exception : aucun fait sans cause, aucun être sans origine. Cela, en toute rigueur, ne prouve rien (il se peut que des faits sans cause nous aient jusqu'ici échappé ou se produisent dans l'avenir) mais explique qu'on y voit une espèce d'évidence. Certains en tireront un argument en faveur de l'existence de Dieu.

Dès lors que l'univers existe, il faut bien qu'il ait, lui aussi, une cause, qui ne peut être qu'autre chose que l'univers : c'est cette cause qu'on appelle Dieu. Pourquoi pas ? Sauf que tout se complique lorsqu'on demande quelle est la cause de Dieu... "Il n'en a pas besoin, répondent les croyants, puisqu'il est éternel." Fort bien. Mais alors l'argument ne prouve que l'éternité d'un être, point que cet être soit Dieu : ce pourrait être aussi bien la nature, éternelle et incréée, mais sans conscience, sans volonté, sans projets ni fins. À quoi bon la prier, puisqu'elle ne nous entend pas ? 

Remarquons que ces deux positions - l'une religieuse, l'autre pas - ont en commun de postuler l'éternité d'un être, voire de l'être lui-même. Dès lors qu'il y a quelque chose, il faut en conclure (puisque rien ne naît de rien) qu'il y a toujours eu quelque chose. Quelle chose ? Un être personnel, doué de conscience et de volonté ? La nature impersonnelle et inconsciente ? Une énergie ? Le vide quantique ? Aucun savoir ne répond. Mais toujours l'éternité est requise.

L'univers peut bien avoir commencé (par exemple il y a treize milliards d'années : c'est ce que nos physiciens appellent le Big-Bang), mais point l'être lui-même, sans lequel le Big-Bang eût été impossible. Rien ne naît de rien : il faut donc que le Big-Bang lui-même résulte de quelque chose qui le précède, voire qui précède tous les temps (au point que la notion même d'antériorité perde son sens), quand bien même ce "quelque chose", pour nos physiciens, resterait à jamais hors d'atteinte. C'est ce que j'appelle le mystère de l'être, qui s'impose aux croyants comme aux athées : l'être est nécessairement inexplicable, puisque toute explication le suppose, ou sans autre explication que lui-même. Les philosophes le disent souvent causa sui ("cause de soi"), ce qui est moins absurde qu'on ne le pourrait croire. La cause, c'est ce qui répond à la question "Pourquoi ? ". Et nul n'y peut répondre qu'en évoquant quelque chose - ou quelqu'un - qui soit. Pourquoi l'être ? Parce que l'être. Le mystère rejoint ici l'évidence ; c'est ce que les mystiques, parfois, expérimentent, et qu'il nous arrive à presque tous - dans un moment de paix ou de silence, au tournant d'une promenade ou d'une méditation - de percevoir à peu près. Reste à savoir quel est l'être originel - donc éternel - dont tous les autres découlent et dépendent. La matière ou l'esprit ? La nature ou Dieu ? Aucune science ne répond, ni, sans doute, ne répondra jamais. Certains veulent voir dans l'état actuel de l'univers la marque d'un "dessein intelligent" : notre existence même serait impossible si l'univers n'avait été réglé très exactement comme il l'est ; sauf à imaginer que ce "réglage fin"résulte d'un hasard extrêmement improbable, il faut en conclure qu'il est le fait d'une intelligence consciente (puisqu'un dessein inconscient n'en serait plus un) qui correspond à ce qu'on appelle traditionnellement Dieu. Cela revient à expliquer quelque chose qu'on ne comprend pas (pourquoi les lois de la nature sont-elles exactement ce qu'elles sont ?) par quelque chose qu'on comprend encore moins (qu'est-ce que cette intelligence originelle, et comment peut-elle créer l'univers ?). Ce n'est pas sortir du mystère, ni le résoudre ; c'est passer d'un mystère à un autre. Leçon de tolérance, pour tous : ce qu'on ne comprend pas, de quel droit l'imposer à quiconque ?


Annexe 5 - La résurrection de Jésus : le miracle par excellence ?

 

 

Selon la majorité des historiens, Jésus n’est pas un mythe, il a vécu dans un lieu et à un moment précis de l’histoire, il a été jugé et condamné à mort par crucifixion.

Mais, concernant les trois points essentiels : la crucifixion, la mort et la résurrection de Jésus, les thèses s’opposent.

Logiquement, on ne distingue que quatre situations que l’on peut présenter dans un tableau, en faisant figurer les groupes principaux qui reconnaissent ces points et l’explication habituelle qu’ils proposent.

 

Crucifié           Mort               Ressuscité       Groupe                      Explication

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Oui                  Oui                  Oui                  Chrétiens                    Résurrection

Oui                  Oui                  Non                Juifs                            Vol du corps

.                                                                      Athées                        Hallucinations

Oui                  Non                 Non                 Agnostiques                Mort apparente

Non                 Non                 Non                 Musulmans                 Substitution

 

Le christianisme est la religion de l’incarnation : Dieu se fait homme en Jésus de Nazareth. Mis à mort, Jésus ressuscite selon la chair et ses disciples témoignent jusqu’à la mort de cet événement qui prouve sa divinité. Jésus est beaucoup plus qu’un homme remarquable, un grand sage ou un prophète[34].

La résurrection de Jésus est l’élément central du christianisme : "Sans la foi dans la résurrection, il n’y aurait pas de christianisme du tout. L’Eglise chrétienne n’aurait jamais commencé ; le mouvement de Jésus se serait estompé comme de la vapeur en même temps que son exécution. Le christianisme subsiste ou s’écroule avec la vérité de la résurrection. Si vous pouvez prouver le contraire, vous pouvez compter le christianisme pour rien…"[35]. Cette importance explique que beaucoup, depuis toujours, la mettent en doute ou la récusent totalement, selon leurs convictions.   

Mais c’est un fait totalement irrationnel. La science ne peut étudier cet événement  unique - s’il a existé. Il ne demeure que l’approche logique.

J’ai été amené à débattre à plusieurs reprises de ce sujet et à écrire plusieurs essais pour montrer qu’il existe des arguments indirects solides[36].

Le raisonnement que j’ai suivi s’apparente un peu à celui de la démonstration par l’absurde, souvent employée par les scientifiques et notamment par les mathématiciens. Si la résurrection n’avait pas eu lieu, quelles en seraient les conséquences logiques ? Les évangiles et les actes mentiraient alors sur un point essentiel ; les textes correspondants seraient inventés. Dans ce cas, est-ce que les écrits paraissent compatibles avec une telle hypothèse (une mystification) ? Est-ce que le christianisme aurait  eu le même essor ?

L’importance du tombeau vide

 

Les Evangiles insistent sur le tombeau vide découvert le dimanche de Pâques. Le tombeau vide est un présupposé nécessaire à la résurrection. C’est ainsi que l’argumente le pape Benoît XVI (Jésus de Nazareth) : "Dans la Jérusalem de l’époque, l’annonce de la résurrection aurait été absolument impossible si on avait pu faire référence au cadavre gisant dans le sépulcre. C’est pourquoi, il faut dire que, si le sépulcre vide en tant que tel ne peut certainement pas prouver la résurrection, il reste toutefois un présupposé nécessaire pour la foi dans la résurrection, dans la mesure où celle-ci se réfère justement au corps et, par là même, à la totalité de la personne. "

Seuls les Evangiles parlent du tombeau vide mais il n’y a aucun témoignage contradictoire[37].

 

Les thèses des opposants à la résurrection

 

Les opposants à la résurrection avancent plusieurs thèses : la substitution avant la crucifixion (Coran), la mort apparente, les hallucinations collectives et le vol du corps. Les trois dernières peuvent être considérées comme des explications "rationnelles".

 

a)      La substitution

C’est une explication purement théologique. Ce n’est pas une thèse historiquement crédible.

 

b)      La  mort apparente

La série des tortures infligées à Jésus va totalement à l’encontre de cette thèse :

 - la flagellation subie par Jésus avec les lanières du fouet lestées d’éclat de coquillage ont lacéré profondément ses chairs - beaucoup mouraient durant ce supplice - . Jésus était ensuite très affaibli, sans pouvoir porter la poutre transversale de la croix jusqu’au lieu d’exécution ;

- la crucifixion qui l’a asphyxié progressivement et enfin le coup de lance dans le côté. Il en sort du sang et de l’eau, selon l’évangéliste Jean qui rapporte ce détail supplémentaire. Jean n’est pas un expert en médecine. Il rapporte le fait pour d’autres raisons. Ce qui est intéressant, c’est que sans le vouloir, il nous livre un fait clinique. Les épreuves atroces qu’a subies Jésus ont provoqué une accumulation d’eau dans le péricarde. Or du sang demeure dans le cœur lui-même. Ainsi, l’eau et le sang qui sortent de la plaie sont la preuve que le cœur a été effectivement transpercé par la lance.

Ajoutons le fait que les soldats romains savaient bien reconnaître un mort d’un mourant.

Ainsi, comment supposer que Jésus serait tombé dans un état simulant la mort pour revenir ensuite à un état de conscience normale ? Et enfin, comment trouver suffisamment de force pour faire glisser la pierre qui fermait le tombeau ? C’est tout simplement impossible.

 

c)      Les hallucinations

Cette troisième thèse avancée par l’écrivain français Renan dans La vie de Jésus, publié en 1863, admet que Jésus n’est qu’un homme exceptionnel, qu’il est bien mort mais que ses soi-disant apparitions aux disciples ne sont en fait que des hallucinations collectives.

Aujourd’hui, la médecine connaît mieux ce trouble mental. Avoir une hallucination, c’est désirer voir quelque chose, voir en fait autre chose, et prendre cette autre chose pour ce que vous souhaitiez voir... Au contraire, les disciples ont réellement vu ce qu’ils cherchaient, mais ils n’ont pas cessé de le prendre pour autre chose ![38]

En réalité, au moment décisif, lorsque Jésus fut arrêté et exécuté, les disciples n’étaient dans l’attente d’aucune résurrection. Ils prirent la fuite et considérèrent que le cas de Jésus était clos.

De plus, il est extrêmement improbable qu’autant de personnes (environ cinq cents selon Paul) aient eu des expériences similaires dans des contextes différents pendant plusieurs jours.

Les disciples étaient des personnes ordinaires, des pêcheurs vivant dans un monde très concret, loin d’être enclins à avoir des visions. D’ailleurs, au départ, ils ne croient pas ;  Jésus doit presque forcer leur résistance : "Ô cœurs… lents à croire ! "[39].

 

d)      Le vol du corps

Cette quatrième thèse est beaucoup plus subtile et plus solide ; c’est celle choisie par les responsables religieux juifs : les disciples de Jésus auraient dérobé le corps de leur Maître pour faire croire à la résurrection.

 

Cette version du vol est la plus répandue des théories dites "rationnelles". Mais le tombeau était sous la garde de plusieurs personnes. Et une pierre barrait l’entrée. Enfin, les voleurs auraient-ils pris la peine d’enlever les bandes et de plier le linge à part, comme le précise Jean ? : "Pierre aperçut le linge qu’on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandelettes, mais roulé à une place à part".

 

Et si cependant, cette thèse était vraie ?

 

Envisager cette hypothèse du vol du corps par les disciples aboutit à la conséquence immédiate : la résurrection aurait été "inventée" de toute pièce.

 

De nombreux arguments vont contre la thèse de la résurrection "inventée"

 

a) Dans le contexte de l’époque[40], il est légitime de penser que, si les faits avaient été inventés, les rédacteurs des textes n’auraient pas mis en valeur les femmes ni écrit qu’elles avaient en premier vu le tombeau vide et, même, Jésus pour l’une d’elles (Marie-Madeleine).

 

b) Dans le cas d’une invention, les disciples n’auraient probablement pas toléré d’être présentés de façon aussi dévalorisante :

Les Evangiles dressent un portrait des disciples sans concessions : sceptiques, lents à la compréhension comme le décrivent deux textes fameux :

- Les deux disciples qui vont à Emmaüs sont tristes, abattus et ne comprennent pas ce qui est arrivé. Ce que leur reproche Jésus selon Luc : "Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! ".

 - Selon Jean, Thomas a besoin de toucher les plaies de Jésus pour croire à la résurrection : "Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point". Et c’est ensuite cette phrase magnifique de Jésus : "Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! ".

 

c) Des faussaires auraient fabriqué un Christ ressuscité facilement identifiable plutôt que d‘insister sur les difficultés à le reconnaître. C’est ce qu’expose Benoît XVI (Jésus de Nazareth) : "Si on avait voulu inventer la résurrection, toute l’insistance se serait portée sur la pleine corporéité, sur le fait d’être immédiatement reconnaissable".

 

d) Paul et les autres auteurs n’auraient pas porté des témoignages précis auprès de leurs contemporains. En effet, seize ans après la mort de Jésus, Paul écrit que plus de 500 personnes l’ont vu ressuscité, et que la plupart sont toujours en vie. Si la résurrection n’avait pas eu lieu, comment Paul aurait-il pu faire part d’une si longue liste de témoins oculaires ? (1 Corinthiens 15, 6)[41].

 

e) Une autre série d’arguments contre la théorie de la mystification concerne l’évolution du groupe des disciples.

Au moment où Jésus meurt sur la croix, ceux-ci n’ont plus de chef. L’aventure semble terminée. En toute logique, les disciples privés de chef et qui se retrouvent sans successeur prêt à prendre la relève, n’ont aucune raison de se maintenir outre mesure. Pour quel motif le feraient-ils ? Ils n’avaient plus confiance au fait que Jésus avait été envoyé par Dieu. Ils pouvaient penser que Dieu ne laisserait pas son Messie souffrir la mort. Ils se sont alors dispersés. Le mouvement de Jésus avait été interrompu dans sa course. L’évolution qui suit est inexplicable "rationnellement".

Or ces hommes craintifs et désespérés, plongés dans l’accablement ("ils se barricadaient chez eux" par crainte des juifs, selon Jean) sont transformés en quelques jours en individus courageux, remplis de hardiesse et d’assurance qui se mettent à proclamer ouvertement le message de Jésus avec un dynamisme impressionnant.

 

f) De plus, pourquoi les disciples auraient-ils accepté plus tard d’être emprisonnés, torturés, tués pour des fables ? S'ils avaient volé le corps, auraient-ils accepté le martyre pour quelque chose qu'ils savaient pertinemment faux? Personne n'est prêt à mourir pour un mensonge !

Parmi les douze apôtres, l’histoire nous apprend que onze sont morts martyrs. Sous la torture, il est étonnant qu’aucun n’avoue la tromperie ! Dire qu’ils ont fait cela pour sauver la face et ne pas reconnaître qu’ils s’étaient trompés est totalement illogique.


g) On peut encore noter un dernier argument avancé par Benoît XVI
(Jésus de Nazareth) : "Si l’on considère l’importance du sabbat dans la tradition juive, alors seul un événement puissamment bouleversant pouvait entraîner le renoncement au sabbat et son remplacement par le premier jour de la semaine".

 

Conclusions

 

Bien entendu, les arguments présentés ne constituent pas une preuve indiscutable de la résurrection[42].

Mais, on peut constater qu’il est bien difficile de proposer une alternative plausible à la résurrection, en expliquant "rationnellement" le tombeau vide, les apparitions de Jésus après sa mort et l’origine de la foi chrétienne.

Selon William Lane Craig[43], les "érudits" sceptiques modernes n’expliquent pas rationnellement ces trois faits marquants et ne proposent aucune alternative plausible à la résurrection de Jésus. Il écrit dans Reasonable Faith : "Ceux qui refusent d’accepter la résurrection comme un fait historique avouent qu’ils n’ont simplement aucune explication."

 

Annexe 6 - Le linceul de Turin et la science

 

Le linceul de Turin[44] passionne maints scientifiques ou historiens, croyants ou non. C’est le cas de l’historien français renommé, Jean-Christian Petitfils qui a consacré une dizaine de pages à ce sujet dans son livre Dictionnaire amoureux de Jésus (Plon 2015).

C’est ce texte remarquablement documenté et argumenté que je propose ici dans sa quasi-intégralité[45].

La  question principale posée par cette relique

Ce sergé de lin, tissé à chevrons en arêtes de poisson, de 4,40 mètres de long sur 1,10 mètre qui présente,  dans une couleur pâle variant du beige au sépia, les faces ventrale et dorsale d'un crucifié mort, flagellé, torturé, avec tous les signes de la Passion[46], est-il bien le linge sépulcral de Jésus ? A-t-il été le témoin de son ensevelissement le vendredi 3 avril de l'an 33 et de sa résurrection le 5 du mois ? Est-il ce "témoin muet" "mais en même étonnamment éloquent", dont a parlé Jean-Paul II ?

Soyons clair : il ne s'agit pas ici de foi. Le linceul pourrait être un faux que ce fait ne remettrait pas en cause pour les croyants, la Résurrection. C'est une question de science, accessoirement d'Histoire. Il existe un décalage abyssal entre ce que répètent dans les médias des personnes mal informées, qui s'obstinent à soutenir des thèses dépassées, et les dernières découvertes scientifiques. Notons-le d'abord, pour prévenir une objection courante, le fait qu'un linge remontant à l'Antiquité ait pu parvenir sans dégradation jusqu'à nos jours n’a rien d'exceptionnel. Des voiles funéraires, des tissus datant de plusieurs siècles avant Jésus-Christ ont été retrouvés dans des tombes égyptiennes.

Les pérégrinations du linceul

Après la Résurrection, on imagine bien que les apôtres se sont souciés de conserver précieusement les reliques de la Passion. Si l'on en croit un évangile apocryphe, l'Evangile des Hébreux, le vénérable linceul aurait été confié à la garde de Pierre. En l'an 66, avertis par une prophétie, les chrétiens quittèrent Jérusalem, vouée à la destruction, et se retirèrent à Pella, à cinq kilomètres à l'est du Jourdain[47], emportant avec eux des "choses, objets et images sacrés", parmi lesquels très  vraisemblablement le linceul. De là, celui-ci gagna Edesse[48], où il resta longtemps emmuré dans une niche au-dessus de la porte de l'Ouest. On l’y retrouva en 544. C'est à partir de ce moment qu'il fut plié quatre fois en deux (tetradiplon), placé dans un reliquaire et vénéré dans la cathédrale Hagia Sophia comme une icône miraculeuse du Christ dont on voyait les traits légèrement ombrés, le Mandylion. Cela fait peu de doute aujourd'hui. On pensait que Jésus vivant avait imprimé son visage sur le linge. Avec l'expansion de l’islam, Edesse fut occupée. Au Xème siècle, au terme d’âpres négociations avec le sultan, la précieuse relique fut acquise par Constantinople. Elle y arriva le 15 août 944 et fut solennellement installée dans la chapelle impériale Notre-Dame-du-Phare en présence de l'empereur Constantin VII Porphyrogénète. On ouvrit alors le reliquat et — stupeur ! — on découvrit que ce n'était pas un portrait, mais un drap sépulcral, révélant le corps nu et sanglant d'un supplicié. Les historiens ont retrouvé l’homélie prononcée à cette occasion par Grégoire, archevêque référendaire de Sainte-Sophie : il parle d'une image, "sans aucune couleur naturelle", présentant la "sueur sanglante" de Jésus et des "gouttes sorties de son côté".  Louis VII, roi de France, en 1147, Amaury de Lusignan, roi de Jérusalem, en 1171, le chevalier picard Robert de Clari, en 1203, virent cette exceptionnelle relique. A cette dernière date, elle se trouvait dans l'église byzantine de Sainte-Marie des Blachernes. Malheureusement, l’année suivante, Constantinople fut atrocement saccagée parles seigneurs de la quatrième croisade. Le linceul fut dérobé. Il disparut pendant près d'un siècle et demi. Avait-il été emporté à Athènes, avec une partie du butin, par le Bourguignon Othon de La Roche, chef des croisés, comme le laisse entendre un document ? Toujours est-il qu'il réapparut à Lirey en Champagne en 1347 chez un chevalier nommé Geoffroy de Charny. Son passage chez les Templiers est très douteux, n'en déplaise à Ian Wilson.

A partir de cette date, l'histoire du linceul se lit en continu, sans rupture chronologique, sans trous noirs. Il fit l'objet de multiples ostensions, à Lirey, puis à Saint-Hippolyte-sur-le-Doubs. Acquis par la famille de Savoie, il fut transféré à Chambéry, où il séjourna de 1453 à 1578 ; il parvint ensuite à Turin, où il est toujours conservé dans une chapelle de la cathédrale sous haute protection. Depuis 1983, il est la propriété du Saint-Siège. Au long des siècles, plusieurs saints l'ont vénéré, soit en se rendant sur place, soit en en voyant la reproduction : Charles Borromée, François de Sales, Jeanne de Chantal, Thérèse de Lisieux... Cette dernière, sous l’influence d'un pieux laïc du XIXème siècle, M. Dupont, le "saint homme de Tours", prit même le nom de sœur de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Ce n'est évidemment pas un brevet d'authenticité, même si l’on a attribué au linceul plusieurs guérisons miraculeuses. Aujourd’hui encore, chaque ostension attire des centaines de  milliers de pèlerins.

L’intervention de la science

La science commença à s'intéresser à cette relique quand, pour la première fois, un avocat italien, le chevalier Secondo Pia, fut autorisé à la photographier. Le 28 mai 1898, dans la pénombre rougeâtre de son laboratoire, la figure qui apparut dans le bac à développement était éblouissante : c'était celle d'un homme, certes torturé, tuméfié, défiguré, mais extraordinairement majestueux, calme dans la mort. Sortant sa première plaque du bain révélateur, le chevalier Pia fut saisi telle émotion qu'elle faillit lui tomber des mains.

Le linceul s’était comporté comme un négatif : négatif sur négatif donne un positif. L’inversion des zones claires et  sombres conférait au visage une saisissante netteté. Jamais personne avant lui n’avait contemplé cette bouleversante image, mystérieusement encodée en quelque sorte dans le linge. Depuis, des clichés d’une bien meilleure résolution ont été pris, en 1931 et surtout en 1978. Les lésions y apparaissent avec une précision anatomique stupéfiante.

 

Partant de la découverte du Chevalier Pia, des études médico-légales ont été consacrées à l’homme de la relique. L’une des plus complètes et des plus remarquables est celle du docteur Pierre Barbet, chirurgien à l’hôpital Saint-Joseph de Paris, publiée en 1936, La Passion de Jésus-Christ selon  le chirurgien, plusieurs fois rééditée. Il y démontre, à la suite d’expériences sur des cadavres, que les bourreaux romains ne plantaient jamais les clous des crucifiés dans la paume des mains, comme le représentent la plupart des peintres — c’était une impossibilité physique, la paume se déchirant sous le poids du corps —, mais dans un espace du poignet situé entre les os du carpe, appelé l’espace de Destot : or c’est très exactement cette particularité qui se retrouve sur le linceul. Un signe évident d’authenticité : si un faussaire avait voulu copier la tradition, il se serait gardé d’innover sur ce point essentiel et aurait reproduit l’erreur habituelle.

 

A la même époque, le biologiste français Paul Vignon a constaté pas moins de vingt points de convergence entre le visage de l’homme du linceul et les icones ou portraits du Christ, dont certains remontent au VIème siècle, époque où le linceul fut découvert à Edesse. Parmi ces points de convergence, il souligna la présence, bien visible, d’une grosse goutte de sang en forme d’epsilon (ou de 3 renversé) qui avait coulé le long des sinuosités du front : des siècles durant, les portraitistes l'avaient prise pour une mèche de cheveu. De même, la tradition artistique fit d’un mauvais pli du tissu un pli du cou...

 

A partir de 1969, les recherches interdisciplinaires commencèrent. Un criminologue célèbre, le professeur Max Frei, expert au tribunal de Zurich, reconnut sur le linceul treize espèces de plantes ne poussant que dans les déserts salés ou sableux de la mer Morte et du désert Néguev. Il trouva des pollens de plantes qui fleurissaient en avril à Jérusalem comme l'Hyoscyamus aureus et l'Onosma orientalis. Ses conclusions furent confirmées plus tard par Jean-Louis de Beaulieu, du laboratoire de botanique historique et de palynologie de l'université de Marseille, et Paul C. Maloney, archéologue américain. Ce dernier identifia en outre des pollens de Cistus creticus L., un petit arbuste n'existant qu'aux alentours de Jérusalem.

 

Les travaux du STRUP

 

En 1978, fut créée aux Etats-Unis une association pour objet d'étudier scientifiquement le linceul, le STURP (Shroud of Turin Research Project), qui rassemblait trente-trois savants de toutes disciplines, américains, européens, chrétiens, juifs, incroyants. L'examen de la relique donna lieu à des tests microchimiques, des spectrographies, des études de radiométrie infrarouge, de microscopie optique, de fluorescence ultraviolette et trois mille clichés photographiques. Durant cinq jours, utilisant six tonnes de matériel, les scientifiques travaillèrent d'arrache-pied. Puis ils exploitèrent méthodiquement les données recueillies durant des mois, comptabilisant plus de cent mille heures de travail[49].

 

Les conclusions de ces experts sont toujours valables aujourd'hui. Elles ont du reste été confortées par des travaux ultérieurs. En aucun cas, l'image du linceul n’est une peinture. Aucune trace de coups-de pinceau, aucune direction picturale, aucun contour même n'ont été retrouvés pas le microscope électronique. Impossible de voir dans le linceul une œuvre d'art d'origine humaine (un farceur n'en soutiendra pas moins qu'il s'agissait d'un autoportrait de Léonard de Vinci !). C'est une image acheiropoïète ("non faite de main d'homme"), isotrope, quasi indélébile, résistante à l'eau et à la chaleur.

 

Les savants du STURP ne sont pas parvenus à la reproduire, ni à en déterminer l'origine. Mais ils ont exclu l’hypothèse d'un frottis, d'une application d'un bas-relief de bois ou de marbre, d'une statue métallique préalablement chauffée. L'image correspond à un léger brunissement dégradé n'affectant que le sommet des fibrilles de lin sur une épaisseur de 20 à 40 microns et variant d'intensité en fonction de la distance entre le corps et le drap. Elle semble donc s'être produite par émanation à distance et, fait encore plus singulier, par projection orthogonale, de sorte que son aspect latéral est absent. C’est une image monochrome inversée, porteuse de données numériques encodées. Cette particularité a permis à un ingénieur français, Paul Gastineau, puis à deux physiciens de l'US Air Force Academy, John P. Jackson et Eric Jumper, de reproduire, le premier en 1974 au moyen d'un lecteur d'intensité lumineuse, les deux autres en 1976 avec un analyseur d'images VPS de la NASA, une image tridimensionnelle.

 

Restait à résoudre la question des taches rose carminé parsemant le linge. Etait-ce du sang humain ? Deux chercheurs du STURP, les docteurs John H. Heller et Alan D. Adler, le premier biophysicien, le second spécialiste en chimie physique et thermodynamique, s'attelèrent à ce travail fort complexe. Après avoir pratiqué sans succès de nombreux tests sur des prélèvements de surface effectués en 1978 grâce à des rubans adhésifs spéciaux, ils parvinrent à trouver dans les taches en question la présence de bilirubine, un produit de dégradation de l’hémoglobine, particulièrement présent dans le sang d’une personne morte à la suite de traumatismes violents. Ainsi se trouva définitivement écartée la thèse d'un autre savant, Mac Crone, qui soutenait que ces taches étaient dues à de la peinture. Celles-ci correspondaient d'ailleurs à l’anatomie du corps et à son système artériel et veineux. Les savants du STURP trouvèrent mieux encore : leurs clichés faits en lumière ultraviolette révélèrent des traces séreuses ainsi que des lésions et des écorchures invisibles à l'œil nu.

 

L’examen au carbone 14

Restait à procéder à l'examen de la relique au carbone 14. Dans les années 1980, le matériel de cette discipline s'était amélioré. Trois laboratoires spécialisés, celui de l'université d'Oxford, en Angleterre, l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse, et l'université d’Arizona à Tucson, furent désignés par le cardinal Ballestrero, archevêque de Turin et custode du linceul pour le Saint-Siège. Ils utilisèrent la méthode par spectrométrie de masse avec accélérateur. Les  conclusions, qui avaient déjà filtré, furent révélées le 13 octobre 1988. Elles paraissaient sans appel : le linge ne remontait pas au-delà du XIIIème ou XIVème siècle. Le lin du tissu été récolté entre 1260 et 1390. Cela remettait radicalement en cause les multiples concordances entre le linge et les textes évangéliques, les études iconographiques et les recherches interdisciplinaires du STURP.

 

La nouvelle fit les gros titres dans le monde entier. On sentait chez certains médias comme un malin plaisir à annoncer que cette relique, propriété du Vatican, n'avait en aucun cas enveloppé le corps du Christ à sa descente de croix. Ce n'était qu'une contrefaçon particulièrement bien réussie.

 

Partant de là, que conclure ? Le vrai linceul de Jésus, dont on trouve trace historiquement à Edesse au VIème siècle, puis à Constantinople au Xème, aurait disparu. Quelques fanatiques d'Orient en auraient fabriqué un autre en crucifiant un homme ressemblant en tous points au Christ. Crime atroce qui n'aurait eu qu'un but lucratif en organisant des ostensions de la fausse relique.

 

Intervint très vite la contestation des résultats des laboratoires par des scientifiques qui s'étaient penchés sur le linge depuis une quinzaine d'années. Ils pointèrent les anomalies ou les dysfonctionnements ayant présidé à l'analyse : les spécialistes de l'Académie pontificale des sciences, dont le professeur Luigi Gonella, conseiller scientifique du cardinal Ballestrero, les savants du STURP furent mis à l'écart. Le protocole de départ voyant des tests en aveugle et interdisant aux laboratoires de communiquer entre eux fut écarté, pour des raisons de simplification, dit-on. Au dernier moment, un quatrième échantillon non prévu, datant de la fin du XIIIème siècle (tiré de la cape de Louis d'Anjou), fut ajouté sans aucune explication. Enfin, les chiffres bruts pas plus que les complets ne furent publiés. Seul, aujourd'hui encore, atteste des résultats un simple article de quatre pages paru dans la revue Nature.

 

Je [JC Petiffils] revois encore au Symposium de 1989 le professeur Gonella, assis à côté de moi, hochant la tête en dénégation et d'accablement devant les assertions du docteur Tite, du British Museum, coordinateur des travaux des trois laboratoires, qui ne démordait pas de sa datation médiévale. Le cardinal Ballestrero, qui avait annoncé les résultats des tests radiocarbones et reconnu que le linceul n'était plus qu'"une merveilleuse icône" (difficile à soutenir si l'on pense à la façon dont on l'aurait confectionnée...), finit lui-même par reconnaître qu'il a été dupé. Moi-même, j'ai publié en 1990 dans la revue un long article montrant qu'en prenant le problème à l'envers — celui d'un faussaire médiéval —, l'entreprise  était rigoureusement impossible : tisser le lin sur un métier antique, utiliser pour la flagellation de l'homme un flagrum à deux lanières garnies de petites altères métalliques, retrouver la technique de crucifixion des Romains dans le poignet, se servir d'une lance ayant le même diamètre et épaisseur que la lancea du centurion monté au Golgotha, reproduire sur le linge toutes les données iconographiques connues de Jésus à partir du VIème siècle, avoir l’idée de génie de faire de la mèche sur le front une coulée de sang, etc.

 

Alors, que s'est-il passé ? Il est difficile de le dire. Certains ont crié au complot des laboratoires, à une substitution d'échantillons. Vu le sérieux de ces institutions, je n’y crois guère. Cependant, malgré l'identité des méthodes de comptage utilisées, il apparaît que les fourchettes de  dates résultant des retraitements habituels ne sont pas homogènes. Les chiffres d'Oxford donnent un linge plus ancien (1262-1312) et ne recoupent pas ceux des autres : 1353-1384, ce qui est anormal pour des échantillons prélevés les uns à côté des autres. Au test statistique du chi2 de Pearson, il y a 95,7% de chances pour que les échantillons ne proviennent pas du même linge. Si abus il y eut, il vient certainement du fait que le docteur Tite fusionna les trois moyennes, pour arriver, fort opportunément, à une fourchette de dates (1260-1390) correspondant à l'apparition du linceul à Lirey en Champagne. Un tour de passe-passe.

 

On sait du reste que la fameuse méthode d'analyse au C14, mise au point en 1955 par l'Américain William Libby, n'est pas d'une absolue certitude, malgré les progrès techniques accomplis depuis. Relativement fiable pour les bois et charbons de bois, elle l'est moins pour les linges anciens, surtout celui du linceul qui a connu des altérations causées par un incendie en 1532, des rapiéçages et des ravaudages. Le travail de décontamination des échantillons, prévu par les protocoles, n'est pas toujours adapté. Des résultats aberrants ont été donnés par les revues spécialisées.

 

En 1996, un microbiologiste américain, Leoncio Garza-Valdès, repéra sur des fibres du linceul qui lui avaient été communiquées la trace de bactéries dues à un champignon, le Lichenothelia, susceptibles de perturber fortement la datation. En 2010, le biologiste français Gérard Lucotte trouva sur des poussières prélevées sur le linceul des traces très abondantes de carbonate de calcium ainsi que des bactéries et des moisissures en grand nombre qui selon lui, ont pu fausser les calculs.

 

Il est bien possible aussi que les échantillons aient été prélevés dans une zone ravaudée. En 2004, le professeur Raymond N. Rogers, du Los Alamos Scientific Laboratory constata la présence de vanilline sur l'un des échantillons alors que cette substance colorante était absente du reste du tissu. Il s'est demandé si on n'avait pas voulu colorer des fils ajoutés, de façon à les rendre semblables aux autres[50]. Bref, comme l'a avoué en 2008 le nouveau directeur du laboratoire d'Oxford, le professeur Christopher Bronk Ramsey, peut-être une erreur a-t-elle été commise vingt ans auparavant. C'est en tout cas ce que laissent penser les nouvelles recherches qui ont été effectuées depuis.

 

Revenons à l'Histoire. En 1148, une délégation de seigneurs hongrois avait contemplé la précieuse relique à Constantinople. L'un des visiteurs avait dessiné ce qu’il avait vu sur la double longueur du linceul : le corps nu, le visage barbu et les cheveux longs, l'emplacement du clou au poignet droit, les mains croisées, la droite par-dessus — une douzaine de détails en tout, y compris le tissage en chevrons. Il avait même noté les quatre petits points de brûlure en équerre (peut-être causés par des grains d’encens enflammés) antérieurs à l'incendie de Chambéry (on les voit toujours sur le linceul). Les dessins ont été reproduits sous forme de miniatures dans le Codex de Pray, qui date de 1190 ou 1195. Cela nous ramène en deçà de la période 1260-1390 assignée par les radiocarbonistes au tissage du lin ! Le linceul ayant été précieusement conservé à Constantinople depuis le 15 août 944, on peut en déduire qu'il remonte au moins au Xème siècle... En 1999, un professeur de botanique à l'université de Jérusalem, Avinoiam Danin, le vieillit d'un siècle encore : il trouva sur un échantillon du linge des pollens d'une plante de la mer morte disparue au VIIIème siècle.

 

On repéra également sur le linge des traces de fleurs. Ces empreintes ne sont pas des artéfacts : visibles sur les premières photos du chevalier Pia en 1898, sur celles d’Enrié en 1931 et sur celles de bien meilleure résolution de Vernon Miller en 1978, on n'y avait pas prêté attention jusque-là. Deux chercheurs américains, Alan et Whanger, qui n'avaient pu se faire entendre au symposium de Paris de 1989, où, je m'en souviens, ils étaient restés dans les couloirs avec leurs photos et leurs transparents, ont identifié, grâce à leur technique de superposition en lumière polarisée (PIOT : Polarized Image Overlay Technique), la trace de vingt-huit de ces fleurs : toutes poussaient en Palestine entre mars et avril, époque de la Passion. Ces travaux pionniers furent confirmés en 1998 par le palynologue israélien Uri Baruch et son collàgue botaniste Avinoam Danin.

 

Ainsi, les nouvelles découvertes vont toutes dans le sens de l’authenticité. Avec la méthode PIOT, l'icône du Christ Pantocrator, peinte vers 550 et conservée au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, se superpose à la perfection au l'homme du linceul : pas moins de 250 points ont été relevés par le docteur Whanger. Il y en a 140 sur les monnaies byzantines du VIème au VIIIème siècle. Examinées à la lumière rasante, les pliures du linge correspondent à celles qui existaient lorsqu'il était vénéré à Edesse et à Constantinople comme le Mandylion, ce confirme cette identification parfois contestée. Il en irait de même du halo autour du visage, qui se serait formé par réflexion de la lumière sur le disque de verre ou d'albâtre placé au centre de l'icône, selon Thierry Castex, spécialiste du traitement d'images.

 

Lors des travaux de remplacement de la doublure du linceul en 2000, la conservatrice du musée des Tissus de Lausanne, Mme Flury-Lemberg, spécialiste mondialement renommée des tissus anciens, a remarqué que la couture de la bande latérale de 7 à 8 centimètres qui courrait le long du linceul était exactement la même que celle d'une pièce d'étoffe de lin trouvée dans les ruines de la forteresse de Massada, anéantie par les Romains en 73 de notre ère. Selon elle, aucune autre couture du même type, plate d'un côté, renflée de l'autre, n'existe au monde. Ce linge de lin de Massada présente une texture si proche de celle du linceul que le professeur Pierluigi Baima Bollone s'est demandé s'il ne provenait pas du même atelier de tissage. Par ailleurs, ce professeur, reprenant les travaux du père Filas et du docteur Whanger, a confirmé la présence de piécettes de monnaie romaines sur les yeux du mort, comme il était d'usage d'en mettre à l'époque en Palestine : sur l'œil droit, il s'agit d'un lepton représentant un lituus, ou bâton d'astrologue, et sur l'œil gauche d'un autre lepton montrant un simpulum, ou coupe sacrificielle, tous deux frappés par ordre de Ponce Pilate en Judée et datant, selon les numismates, de l'année 29-30.

 

Enfin, en 2013 et 2014, le professeur Giulio Fanti, spécialiste des mesures mécaniques et thermiques de l'université de Padoue, utilisant quelques échantillons de réserve du linceul, prélevés en 1978 et 1988, a établi une nouvelle datation à partir d'une méthode basée sur la dégradation de la cellulose du lin avec le temps. A l'en croire, le lin a été coupé entre 250 avant et 250 après la date de la mort du Christ, ce qui invalide complètement l'expérience antérieure du carbone 14.

 

La méthode comparative a porté également ses fruits. Le linceul présente avec deux autres grandes reliques de la Passion, le suaire d'Oviedo et la tunique d'Argenteuil, des points de convergence frappants. Ces trois linges, qui ont connu des vicissitudes et des pérégrinations fort diverses semblent bien avoir été en contact avec Jésus lors de la Passion.

 

Sur onze types de pollens présents sur les trois linges, le professeur Carmen Gômez Ferreras a conclu que sept leur étaient communs, dont deux proviennent uniquement de Palestine, un pistachier, Pistacia palaestina, et un tamarin, Tamarix hampeana.  Il y a plus. Neuf taches de sang sur dix repérées sur le linceul et la tunique d'Argenteuil sont de mêmes dimensions et de mêmes formes, comme l'a montré le professeur André Marion, ingénieur au CNRS, spécialiste du traitement numérique des images à l'Institut d'optique d'Orsay. Le dessin réalisé par le docteur Jean-Maurice Clercq[51] est particulièrement frappant à cet égard. Il en va de même pour le suaire d'Oviedo. Selon Alan Whanger, il existe 70 points de convergence avec le linceul pour l’endroit du suaire et 50 pour le revers. Il y a plus encore. Le sang figurant sur ces trois linges s'est révélé appartenir au même groupe, AB, puisqu'il représente environ 4% de la population mondiale. Or la seule probabilité d'observer le même groupe sanguin sur les trois reliques s'établit à 0,000125, soit une chance sur 8000[52].

 

Un faux médiéval ?

 

En définitive, en l'état actuel de la recherche, il est inimaginable d'admettre qu'un faussaire médiéval, partant d'un cadavre de crucifié, ait pu réaliser pareille supercherie. Le linceul n'a pu envelopper qu'un crucifié du Ier siècle de notre ère, un crucifié couronné d’épines et ayant subi au préalable une flagellation complète, d’au moins 120 coups de fouet... En France, deux associations s'efforcent de faire connaître au grand public les dernières recherches sur la question, Montre-Nous ton Visage et le Centre international d'études sur le linceul de Turin.

 

Ces résultats dérangent, je l'admets. Au lieu de rendre compte des prodigieuses avancées de la recherche 1989, bien des personnes refusent d'aller au-delà du verdict du carbone 14 et s'enferment dans le déni. C'est que le linceul n'est pas un simple document archéologique. En 1902, déjà, un académicien, Yves Delage, avait été proprement insulté et ostracisé par ses pairs de l'Académie des sciences pour avoir présenté une communication favorable à son authenticité. Elle avait été censurée par le secrétaire perpétuel, athée militant, qui ne croyait ni en Jésus-Christ... ni en l'existence des atomes. Delage, lui-même agnostique, lui répliqua : "Si, au lieu du Christ, il s'était agi d'une personne comme Sargon, Achille ou l'un des pharaons, personne n'aurait songé à protester [ ]. Je ne fais pas œuvre cléricale parce que cléricalisme et anticléricalisme n'ont rien à voir dans cette affaire. Je considère le Christ comme un personnage historique et je ne vois pas pourquoi on se scandaliserait qu’il existe une trace matérielle de son existence[53]."

 

Seulement voilà, le linceul semble conduire à un mystère immense, celui de la résurrection. A l'heure actuelle, personne n'est capable d'expliquer la formation de cette image qui s'est faite par projection orthogonale, comme si le linge avait été tendu sur un corps en état d’apesanteur (l'empreinte dorsale présente la même intensité de couleur que la faciale, sans aucun effet d'écrasement, ce qui est une anomalie physique). Aucune explication ne résiste à ces données : un phénomène naturel dû aux effets de la déshydratation ou à des vapeurs ammoniacales produites par la fermentation de l'urée, un phénomène de jaunissement, comme dans les vieux herbiers, dont on a retiré les feuilles séchées... Personne n'a pu scientifiquement expliquer comment le mort, dont le linge n’a recouvert le corps que quelques heures (pour preuve l’absence d'un début de décomposition aux lèvres, au ventre et sur les caillots de sang), a pu en sortir sans traces d'arrachement sur les caillots de sang ni sur les fibrilles du lin. Alan Whanger va plus loin encore : il affirme que, par sa méthode PIOT, on peut voir les ligaments des mains, les dents et les os du visage, comme si le linceul en s'affaissant avait scanné le corps de Jésus, devenant transparent... J'ai vu le phénomène sur l’une de ses vidéos. Je ne sais qu'en penser.

 

Loin de moi, en tout cas, l'idée que l'on peut prouver la résurrection. A supposer que celle-ci ait laissé des traces matérielles repérables — il faudrait encore en vérifier l'authenticité —, elle est avant tout un acte de foi qui ne se comprend que dans la plénitude de la Révélation et donc une démarche de liberté.

Mais ce que je sais, c’est que, avec le linceul de Turin, plus la science avance, plus elle s'enfonce dans le mystère.

 

Note [BL] : Remarquons que l’église reste fort réticente à toutes nouvelles études de datation d’autant plus que certains pourraient chercher à récupérer de l’ADN à partir de cellules présentes dans le tissu[54].



[1] C’est le titre d’un ouvrage récent d’Yves Gingras professeur à l’université du Québec à Montréal et titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences.

[2] "La science traite du mesurable, la religion de l'incom-mensurable" » écrit William Rees-Mogg.

[3] "Notre soif de signification et d'espérance n'est pas prise en compte par la science car on ne sait pas l'introduire dans les équations ! " (Pierre Karli, Académie des Sciences).

[4] L’auteur a créé en 2015 un diaporama sur ce sujet et s’en est servi en partie pour ce texte.

[5] Pierre-Simon de Laplace (marquis), né en 1749 à Beaumont-en-Auge et mort en 1827 à Paris, mathématicien, astronome et physicien.

[6] Selon Hervé Faye, ce n'est pas Dieu que Laplace traitait d'hypothèse, mais seulement son intervention en un point déterminé.

[7] La partisannerie existe aussi en science ! Par exemple, le physicien athée Steven Weinberg (prix Nobel de physique en 1979 pour ses travaux sur l’interaction électrofaible)  a dit : "Des deux modèles cosmologiques, le Big-Bang et le Steady State, je favorise ce dernier parce que c'est celui qui s'apparente le moins avec le récit de la Genèse. Il est malheureusement infirmé par la découverte du rayonnement cosmique d'arrière-plan." (cité par F. Tipler : Ein Designer Universum.  In T.T.Wabel : In Anfang war (k)ein Gott. Düsseldorf, 2004).

[8] Le premier verset de la Genèse comprend deux parties ; la première est "Au commencement", la seconde partie étant "Dieu créa le ciel et la terre". Evidemment le fait qu'il existe un début de l’univers ne prouve pas qu'il y ait un créateur. La physique permet qu'il y ait un début sans qu'il y ait de créateur pour autant.

[9] Le terme de Big-Bang (le Grand Boum) a été proposé de façon ironique lors d’une émission de la BBC, The Nature of Things, par le physicien britannique Fred Hoyle[], qui lui-même préférait les modèles d'état stationnaire (texte publié en 1950)[].

[10] Le fond diffus cosmologique (ou rayonnement fossile) correspond à un rayonnement de corps noir à basse température (2,7 degrés Kelvin), conformément aux prédictions de Gamow (découverte due à Penzias et Wilson en 1965 récompensée par le prix Nobel de physique en 1978). D’autres preuves relativement directes sont venues s’ajouter : l’observation de l’évolution des populations galactiques, et la mesure du refroidissement du fond diffus cosmologique depuis plusieurs milliards d’années.

[11] Selon les termes de Georges Lemaître.

[12] Max Planck (1848-1957) est considéré comme le père de la physique quantique. La constante de Planck, h, y joue un rôle central. Prix Nobel en 1918.

 

[13] Richard Feynman (l'un des physiciens les plus influents de la seconde moitié du XXᵉ siècle, en raison notamment de ses travaux sur l'électrodynamique quantique, les quarks et l'hélium superfluide) : "I think I can safely say that no one understands quantum mechanics" (on peut dire sans se tromper que personne ne comprend la mécanique quantique). In Do physicists understand physics ?  www.thenakedscientists.com/forum/index.php?topic=6328.0

[14] Einstein s’opposait à l’idée de la mécanique quantique, et aurait dit : "Dieu ne joue pas aux dés". Bohr aurait rétorqué : "Cessez de dire à Dieu ce qu’il doit faire".

[15] Les auteurs du paradoxe EPR  (1935) Einstein, Podolsky et Rosen.

[16]

 

[17] Du grec anthrôpos, l'homme. Terme formulé par Brandon Carter en 1974 : Large number coincidences and the anthropic principle in cosmology.

[18] Tous ces arguments sont cités par Bernard Haisch dans The Purpose guided Universe. Beleiving in Einstein, Darwin and God.

[19] Cet extrait provient d’un article écrit par Gerald Schroeder :  physicien atomiste qui a fait partie du personnel enseignant du MIT ainsi que de la Commission à l'énergie atomique des Etats-Unis. Il est l'auteur du livre : Genesis and the Big-Bang (1990) et a récemment publié l'ouvrage : The Science of God.

 

[20] Pour information, ce facteur d'expansion exponentiel a pour valeur moyenne le chiffre de 10 à la puissance 12. C'est en fait la température de confinement du quark au moment où l'énergie devient matière: 10,9 x 10 12 exprimé en degré Kelvin divisé par (ou bien rapporté à) la température actuelle de l'univers soit 2,73 degrés. C'est le rapport initial qui a changé exponentiellement à mesure que l'univers s'est dilaté.

[21] "I you walked into a solid wall every second, you would have to wait longer than the current age of the universe to have a good chance of passing through it....you could - sooner or later - emerge on the other side". Brian Greene, The Elegant Universe, p. 116.

[22] Ricerche Istologiche, Immunologiche e Biochimiche sulla Carne e sul Sangue del Miracolo Eucaristico di Lanciano (VII Secolo). Quaderni Sclavo in Diagnostica.7, no 3, p. 662, 1971.

[23] Des scientifiques de l'université de Princeton publient des résultats d'expériences tendant à démontrer le pouvoir du "Psychique" sur la capacité de modifier quelque peu les "lois du hasard", dans la distribution de nombres aléatoires générés par des machines conçues pour fonctionner selon les lois du hasard. Global Consciousness Project. Wikipedia.

[24]...les stigmates des mystiques s'affirment par tous leurs caractères extrinsèques et intrinsèques d'origine et de nature "préternaturels" absolument en dehors des lois qui régissent notre physiologie et nos réactions naturelles. Histoire de la Folie. Le Problème médical de la stigmatisation (p. 9). Avec un post-scriptum par le Pr Jean Lhermitte.

[25] Van Cauwelaert, Le Nouveau Dictionnaire de l'Impossible.

[26] Voir annexe 5

[27] Actes des Apôtres (2, 1-13)

[28] Exemple décrit dans Wikipedia : "Un célèbre médecin de New York, le docteur Marshall Duffie, mort dans les années 1930, raconte comment ses deux fils jumeaux parlaient entre eux une langue étrangère inconnue. Les deux enfants furent emmenés au département de langues étrangères de l’université Columbia, mais aucun des professeurs s’y trouvant ne put identifier leur idiome. On fit venir par la suite un professeur de langues anciennes qui, à son grand étonnement, découvrit que les deux bambins parlaient l’araméen, langue courante à l’époque du Christ".

[29] Yvonne-Aimée de Malestroit, religieuse, a fait de la Résistance, fut arrêtée par la Gestapo et enfermée à la prison du Cherche-Midi pour y être torturée. Au temps de son incarcération, son ami le Père Paul Labutte voyage en métro et à sa grande surprise y rencontre Yvonne-Aimée, qu'il sait être emprisonnée. Voici son témoignage: "Dans le couloir qui accède  au  quai,  je  me  retournai  brusquement  sans  savoir  pourquoi  et  je  me trouvai face à Mère Yvonne-Aimée, en habits civils, manteau, feutre grenat relevé sur  le  front,  lunettes.  Elle  paraissait  pressée  et  inquiète. Vous !  m’exclamai-je, frappé  de  stupeur  et  cloué  sur  place. Marche ! marche ! me répondit-elle  à mi-voix. Le  flot  des  voyageurs,  un  instant  contrarié  par  mon  arrêt,  nous  poussa…  .. . http://voiemystique.free.fr/yvonne_aimee_de_maslestroit.htm https://fr.wikipedia.org/wiki/Yvonne_Beauvais. Van Cauwelaert, Le Nouveau Dictionnaire de l'Impossible.

[30] Joseph Moingt dans La résurrection du Christ est-elle de nature physique ?...."l'entendaient et le voyaient, non par leurs sens externes, mais par l'esprit qui tapisse et innerve nos organismes sensoriels et qui, toujours en éveil, capte et rassemble tout ce qui se passe à la périphérie du corps pour le synthétiser au-dedans du corps dans l'intériorité de l'être physique". 

http://latelierprotestant.fr/site/wp-content/uploads/2014/09/Resurrection-physique-j-moingt.pdf

[31] Au Pays de Dieu - Pocket, p. 37.

[32] Cornelia Dean : Scientists Speak Up on Mix of God and Science", New York Times (Aug. 23. 2005).

[33] Bernard Haisch : The God Theory. Universes, Zero-point fields, and what's behind it all. et The Purpose-guided Universe, Believing in Einstein, Darwin and God.

[34] "La résurrection, nous cherchons beaucoup trop à la regarder comme un événement apologétique et momentané, comme une petite revanche individuelle du Christ sur le tombeau. Elle est bien autre chose et bien plus que cela. Elle est un événement cosmique. Elle marque la prise de possession effective par le Christ de ses fonctions de Centre universel. " Pierre Teilhard de Chardin (prêtre jésuite, homme de science et philosophe, 1881-1955)

[35] Michael Green : The empty cross of Jesus.

[36] B. Legras : Résurrection de Jésus – Mythe ou réalité ? (Ed. Euryuniverse – 2011) et  Jésus est-il vraiment ressuscité ?   (Ed. Téqui – 2015).

[37] Selon William Lane Craig (Reasonable Faith) : "Des traditions conflictuelles [au récit du tombeau vide] n’apparaissent nulle part, même pas dans la polémique juive" ; il ajoute aussi : "Autrefois considéré comme un outrage à l’intelligence moderne et une source d’embarras pour la théologie chrétienne, le tombeau vide de Jésus est aujourd’hui classé parmi les faits généralement reconnus concernant le Jésus historique." 

[38] Exemple le plus fameux, Marie-Madeleine voit Jésus et le prend pour le jardinier !

[39] Luc (24,25)

[40] Selon l’historien juif Flavius Josèphe (né vers 37, décédé vers 100), le témoignage des femmes avait si peu de valeur qu’elles n’avaient même pas le droit de témoigner dans une cour de justice.

[41] Selon Norman Geisler et Franck Turek (don’t have enough faith to be an atheist) : "Paul aurait immédiatement perdu toute crédibilité devant ses lecteurs de Corinthe en mentant d’une manière si flagrante." 

[42] Et heureusement selon moi ; ainsi, l’homme peut rester libre. Dieu préfère sans doute le signe à la preuve.

[43] L’Américain Lane Craig est considéré par beaucoup comme le plus grand théologien apologète contemporain (l’apologétique est une branche de la théologie chrétienne qui cherche à fournir une justification rationnelle aux prétentions de véracité de la foi chrétienne). Reasonable Faith est un ouvrage de référence écrit en 1994 (troisième édition en 2008) et traduit en français en 2012 (Foi raisonnable - Ed. La lumière).

[44] Le linceul de Turin (du latin lintoleus, petit morceau de toile de lin) est appelé improprement suaire, car ce n'est ni une mentonnière ni le linge ayant couvert la tête de Jésus de sa mort à sa mise au tombeau, comme le suaire d'Oviedo. Nonobstant, pour les francophones, le terme le plus employé, lorsqu'on évoque le linge de Turin, est celui de "Suaire de Turin" ou "Saint Suaire".

[45] On peut lire aussi avec intérêt les positions des tenants et des opposants dans le livre sans parti pris de Grégoire Kaplan : Le linceul de Turin vu par un expert judiciaire (Ed. F-X de Guilbert, 2008).

[46] Le coup de lance au côté droit, les traces d'une couronne d'épines sur le crâne.

[47] Actuellement Tabaqat Fahil, en Jordanie.

[48] Actuellement Urfa, en Turquie.

[49] John H. Heller, Report on Turin Shroud, 1983 (traduction française : Enquête sur le Saint suaire de Turin,  1985).

[50] Note BL : Au mois d'août 2008, Robert Villarreal, chimiste au Laboratoire National de Los Alamos, déclara que les nouvelles analyses qu'il avait menées avec son équipe sur trois échantillons ont abouti à la conclusion que ceux-ci étaient constitués de coton et non de lin. Ceci corrobore la thèse de l'absence de représentativité de l'échantillon soumis à l'analyse C14, déjà avancée par Benford et Marino en 2000 et reprise dans un article de Rogers en 2005.

 

[51] In Les Grandes Reliques du Christ, Paris, F.-X. de Guibert, 2007.

[52] Voir la seconde partie.

[53] Lettre à la Revue scientifique, 31 mai 1902.

 

[54] C’est le thème du livre de Cauvelaert : Cloner le Christ.