NABET Pierre

 

1936-2026

 

` sommaire

 

ELOGE FUNEBRE

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition du Professeur Pierre NABET, survenue le  3 septembre 2026 , à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Avec lui s'éteint l'une des figures qui ont façonné la biochimie médicale nancéienne et, au-delà, l'organisation de la biologie hospitalière française.

Né en 1936, Pierre NABET accomplit à Nancy la totalité de ses études de médecine et de sciences. Il y révèle très tôt des qualités intellectuelles peu communes : agrégé de médecine dans la spécialité de biochimie médicale en 1962, il est alors, à vingt-six ans, le plus jeune agrégé de France de sa promotion. Son service militaire, accompli au Centre de recherches des Armées à Paris dans la section de radiobiologie, marque le début d'une fidélité qui ne se démentira jamais : il achèvera sa carrière militaire avec le grade de colonel du Service de santé des armées. Nommé maître de conférences en 1963, professeur sans chaire en 1977 puis professeur titulaire en 1984, il consacrera l'ensemble de sa carrière à la Faculté qui l'avait formé. Ses premiers travaux de chercheur, conduits dès 1958 auprès du professeur René WOLFF, portaient sur le facteur intrinsèque et l'absorption de la vitamine B12.

Ses fonctions hospitalières débutent au laboratoire de la Maternité départementale, où il est attaché, avant sa nomination comme biologiste des hôpitaux à l'hôpital Central en 1966. Il y devient chef de service en 1975, après l'ouverture de l'hôpital de Brabois. C'est là que se noue, auprès du Professeur Pierre PAYSANT, une collaboration exigeante et sereine dont naîtra un outil de travail à la fois performant et précurseur : le département de biochimie clinique du Centre hospitalier universitaire. Conduite pendant plus de vingt années dans un esprit de complémentarité rare, cette construction devait inspirer plusieurs CHU français lorsque l'idée d'une centralisation des laboratoires eut fait son chemin. Ceux qui ont travaillé à ses côtés savent ce que cette réussite doit à sa clairvoyance, à sa rigueur et à son sens de l'organisation.

Le chercheur ne le cédait en rien à l'organisateur. Après ces recherches initiales, ses travaux se sont portés sur les hormones peptidiques, leurs formes moléculaires et les facteurs de leur régulation, puis sur les somatomédines et les facteurs de croissance sériques, avant d'accompagner l'essor des cultures cellulaires et des biotechnologies. Une même exigence les traverse, celle de la mesure juste : de l'automatisation des dosages à la chromatographie liquide, de la spectroscopie infrarouge à la cytométrie en flux, il a contribué à introduire dans la biologie hospitalière les outils qui en font une discipline de précision. Membre de nombreuses associations de recherche françaises et étrangères, parmi lesquelles l'American Association for the Advancement of Science , l'American Chemical Society et la New York Academy of Sciences , lauréat de la Faculté de Médecine de Nancy, qui lui décerna son prix de thèse, lauréat de l'Académie nationale de médecine, il était officier dans l'Ordre national du Mérite.

Pierre NABET n'a jamais séparé le travail scientifique du service des institutions. Il fut successivement membre de la Constituante de l'Université de Nancy I, de son conseil d'administration puis de son conseil scientifique. Directeur d'une UER mixte sciences et santé, l'UER de physique-chimie-biologie, il a œuvré au rapprochement de disciplines que tout, alors, séparait encore. Membre de la commission médicale d'établissement du CHU et de son conseil d'administration de 1987 à 1990, il a pris part aux décisions qui ont dessiné l'hôpital d'aujourd'hui. Cette disponibilité constante procédait chez lui d'une conviction simple : une institution ne vaut que par l'engagement de ceux qui la composent.

Les générations d'étudiants qui ont suivi son enseignement gardent le souvenir d'un maître exigeant et bienveillant, soucieux de la clarté du propos autant que de l'exactitude du raisonnement, attentif à faire percevoir aux plus jeunes la portée clinique de ce qu'ils apprenaient. Homme optimiste et humaniste, ayant toujours su prendre en compte l'intérêt général en même temps que celui de ses collaborateurs, il a conduit son équipe vers des avancées durables.

Aux siens, à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui l'ont accompagné dans son laboratoire ou dans son service, nous adressons l'expression de notre sympathie attristée et de notre profond respect. Notre communauté s'incline devant une vie de savant, d'enseignant et de bâtisseur. Elle gardera fidèlement la mémoire d'un homme qui a servi, sans jamais se mettre en avant, l'Université, l'hôpital et le patient.

Professeurs A. OUSSALAH et B. NAMOUR