LEPOIRE Jean

 

1923-1997

 

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Par décision des instances du CHU de Nancy, le bâtiment Neurosciences de l'hôpital Central porte depuis septembre 2012 le nom du professeur Jean Lepoire.

 

ELOGE FUNEBRE

 

Le Professeur LEPOIRE était mon Maître, Jean était mon ami. Il nous a quittés le 27 juillet dernier. Sa disparition endeuille notre communauté hospitalo-universitaire ainsi que toute la Neurochirurgie française. Atteint par la limite d'âge le 1er octobre 1988, certains d'entre vous ne l'ont pas ou mal connu.

Né à Charmes le 23 avril 1923, Jean LEPOIRE a fait de brillantes études à la Faculté de Médecine de Nancy. Reçu en 1947 au concours de l'Internat, il part quatre années plus tard en Amérique à Boston et s'oriente vers la Neurochirurgie. Il est alors l'élève du Professeur René ROUSSEAUX, complice du Professeur KISSEL qui introduiront à Nancy une nouvelle discipline de Spécialité Chirurgicale : La Neurochirurgie. En 1952, il est nommé Assistant des Hôpitaux dans le service de Chirurgie B que dirigera René ROUSSEAUX, père de notre Collègue Pascal ROUSSEAUX. Il s'oriente alors pleinement vers la Neurochirurgie. En 1955, il devient Chirurgien des Hôpitaux et quelques mois plus tard, il est reçu au concours d'Agrégation de Neurochirurgie.

Son Maître le Professeur René ROUSSEAUX, encore très jeune, devait décéder en février 1955 d'un cancer du poumon et il se retrouve alors un peu orphelin. C'est Marcel DAVID (Paris) et Emile LAINE (Lille) qui l'adoptent et deviennent ses Maîtres dans sa Discipline Neurochirurgicale. Le Professeur BODART, nommé à la tête du service de Chirurgie B, héberge alors Jean LEPOIRE et la Neurochirurgie. Quelques années plus tard, en 1962, une chaire et un service de Neurochirurgie sont créés à Nancy pour Jean LEPOIRE. Ce service abrité dans les locaux de la Chirurgie B se développe et en 1968, le service est « déménagé » à l'Hôpital St Julien où la Neurochirurgie prend alors tout son essor avec à ses côtés le service de Neurologie, dirigé par le Professeur Georges ARNOULD.

Rapidement, Jean LEPOIRE s'est entouré de nombreux collaborateurs. Le premier a été mon ami le Professeur Jacques MONTAUD décédé malheureusement à l'âge de 55 ans, puis Michel RENARD, Anatomiste et Neurochirurgien des Hôpitaux, moi-même et enfin le Professeur Jean-Claude MARCHAL et le Professeur Jean AUQUE. On peut considérer qu'il a été un des pionniers de la Neurochirurgie française. Rapidement, il a compris les limites de cette chirurgie qui ne pouvait progresser sans un travail d'équipe avec la Neurologie et la Neuroradiologie. Cette époque correspondait au début du développement de la neuroradiologie. En France, l'essor de la neuroradiologie a été grandement facilité par Jean LEPOIRE, Raymond HOUDART et d'autres, et si les services de Neuroradiologie interventionnelle et thérapeutique ont vu le jour en France, c'est aussi grâce à lui. C'est ainsi que Luc PICARD a été véritablement un de ses élèves à part entière.

Son adaptation à la Neurochirurgie moderne a été exceptionnelle. Il s'agissait d'un visionnaire dans son domaine. Il a toujours souhaité un travail multidisciplinaire avec les Neuroradiologues, les Neurologues, les Chirurgiens « Maxillo-Faciale », les ORL, les Radiothérapeutes, les Anatomopathologistes et j'en passe. Il a été reconnu rapidement sur le plan national comme l'un des plus brillants Neurochirurgiens français. Fondateur de La Société de Neurochirurgie Française, il en a été le premier Président. Il a réformé les statuts de la Société de Neurochirurgie de Langue Française et en a été aussitôt le Président. Membre du comité directeur de la Société de Neurochirurgie de Langue Française, il en a été le délégué français à la Fédération Mondiale de Neurochirurgie durant de nombreuses années. Il était également membre de l'Académie Royale de Médecine en Belgique mais aussi de bien d'autres sociétés médicales en France et à l'Etranger.

Auteur de deux Rapports Nationaux de Neurochirurgie, l'un avec B. PERTUISET en 1957 sur « les Kystes Epidermoïdes Cranio-Encéphaliques », l'autre avec Cl. LAPRAS en 1967 sur « Le Traitement de l'Hydrocéphalie Non Tumorale du Nourrisson par Dérivation Ventriculo-atriale », il était également l'auteur de plusieurs centaines de publications et avait dirigé de nombreuses tables rondes. Je ne pourrais pas citer toutes ses publications ; il n'en tenait pas le registre.

Alors qu'il était candidat à la classe exceptionnelle, il n'avait pas présenté ses travaux et ses dernières publications et il m'avait dit : « tout le monde sait ce que j'ai fait et publié ». C'était vrai. Il a été nommé Professeur de Classe Exceptionnelle à sa première candidature.

L'Homme était en effet exceptionnel et je voudrais citer un extrait d'une lettre qu'un de nos collègues neurochirurgiens m'a adressé à l'occasion de son décès. « Le décès de Jean LEPOIRE ne m'a pas laissé indifférent, j'ai toujours éprouvé beaucoup d'admiration pour cet homme exceptionnellement doué et très fascinant » puis à propos d'un différent il ajoutait « comprenant les états d'âme de cet homme généreux et intelligent, je lui ai rendu du mieux que je le pouvais ce témoignage d'estime et d'admiration que rien ne pouvait entamer ».

Jean LEPOIRE était marié à Anne-Marie qui nous a quittés il y a deux ans. Les plus anciens d'entre nous l'ont tous connue. Il ne se déplaçait jamais sans elle. Ils n'ont pas eu la chance d'avoir des enfants et je crois qu'il nous considérait tous comme ses enfants. Aussi, il s'est intéressé à la carrière de beaucoup d'entre nous et nombreux sont ceux qui lui doivent toute ou partie de leur promotion. Pour ne citer que certains d'entre eux à Nancy : Jean AUQUE, Serge BRACARD, Jean-Claude MARCHAL, Michel MERLE, Luc PICARD, Jacques ROLAND, Michel STRICKER, Michel WEBER et moi-même.

L'Homme était un remarquable opérateur, et un clinicien averti faisant toujours bénéficier le malade de ses indications éclairées. S'il n'avait pas d'heure fixe, le matin pour arriver au service, sa disponibilité pour surveiller ses malades de jour comme de nuit était sans égal. On pouvait le déranger pour rien, jamais, il n'avait de reproche à formuler.

Derrière le Neurochirurgien, il y avait un deuxième homme, voire un troisième. Le deuxième homme avait le souci du bien public, ce qui l'avait amené à nous représenter au C.N.U. et à la Commission Médicale d'Etablissement durant de nombreuses années et même à devenir Conseiller Municipal à Nancy. Le troisième homme était celui des passions :

- Musicien, il était Premier Prix de Piano du Conservatoire de Nancy. Il faisait partie des Jurys du Conservatoire de Musique. Il était président de l'Association Lorraine de Musique de Chambre. Grâce à lui, des pianistes de valeur internationale venaient et étaient écoutés à Nancy.

- Féru de Littérature, épris d'histoire, de peinture, il s'intéressait aussi au sport puisqu'il était ceinture noire de Judo et pratiquait la plongée sous-marine.

- Enfin, son hobby était le bridge dont il était l'un des meilleurs joueurs de la région lorraine.

Certains le trouvaient hautain et distant. Lorsqu'il vous regardait de toute sa hauteur, on aurait pu le penser. Tous ses amis, ses élèves et ses patients pourront témoigner que Jean était un homme généreux, sensible et attachant. En dépit de sa notoriété, il était resté discret et réservé. On pouvait penser que sa retraite serait paisible et qu'il était mieux armé que les autres pour la vivre en raison de toutes les cordes qu'il avait à son arc. Il n'en était rien. Son retrait de la vie active hospitalo-universitaire a été un drame.

Après le décès d'Anne-Marie LEPOIRE, la tristesse s'est installée. Il se sentait très seul. Je le voyais très régulièrement. Mais je savais qu'il restait inconsolable, que ses sourires et l'intérêt qu'il portait à notre conversation n'étaient que passagers. Sa disparition me laisse une autre fois orphelin.

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Professeur H. HEPNER

 

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Jean LEPOIRE


Son père le Commandant Léon Lepoire (1880-1952), flûtiste, fut le premier Trésorier de l'ALMC (Association Lorraine de Musique de Chambre) et en déposa les statuts le 3 décembre 1947. Jean assiste aux premiers concerts "chez les Adrien".
Après des études de médecine, de sciences, de piano (dans la classe de Jean Doyen à Paris) il hésite entre une carrière pianistique ou l'exercice de la médecine. Reçu au concours de l'Internat en 1947, il opte pour la carrière médicale. Agrégé, Professeur à la Faculté de Médecine de Nancy et spécialiste mondialement reconnu en neurochirurgie, il exerce à l'Hôpital St Julien de 1960 à 1991.
Membre de l'Académie de Médecine, de l'Académie Royale de Bruxelles, il a été le "grand patron" que toute la profession médicale connaît.
Excellent pianiste, critique exigeant, il prit la présidence de l'ALMC en avril 1991, se faisant aider dans les tâches matérielles par sa défunte épouse Anne-Marie. Toujours à l'écoute des autres il entend néanmoins contrôler les moindres détails pratiques et conduit ainsi trois brillantes saisons.
Après avoir préparé le programme de la saison 1994-1995, très affecté par le décès de son épouse et inquiet de son état de santé, il confie la Présidence de l'ALMC à Astrid Chepfer.
Sa vaste culture lui faisait porter un regard parfois amusé sur la médiocrité, le mauvais goût, en toutes matières y compris musicales, et ses préférences allaient à la musique romantique sur instruments modernes.
Jean Lepoire fut Président de avril 1991 à mai 1994, et a organisé 27 concerts.