` sommaire

 

SOUVENIRS DU Docteur Olivier CAHEN

 

1er courriel reçu - novembre 2007

 

Ayant fait mes études de médecine à la faculté de Nancy (1968-1975) avant de me spécialiser à Bordeaux je regarde régulièrement votre site : il est remarquable.


Il me donne beaucoup de plaisir : textes, photos, … Et de tristesse : mes maîtres disparaissent les uns après les autres : dont le dernier : Philippe Canton qui disait « reste calme coco, tu vas faire exploser tes bulles d’emphysème !» ou « les enfants rentraient aux maladies infectieuses pour une et sortaient quand ils les avaient toutes faites ».

Je les ai connus dans leurs services que nous fréquentions encore beaucoup.

Ils avaient à cœur de nous y accueillir avec simplicité pour nous présenter des cas d’une grande richesse sémiologique et symptomatique : au lit du malade ! Ma promotion a connu les très anciens maîtres (« certains ont connu une carrière exceptionnelle » : non ! ils étaient exceptionnels !!).

 Ils nous racontaient leurs débuts : c’était vraiment une autre époque !! : le Pr Faivre jeune stagiaire pratiquait encore des « mouchetures » avec une aiguille sur les membres inférieurs oedématiés placés dans une bassine pour soulager les patients ! et dans son service en tant que stagiaire je faisais les mesures pour les artérites avec l’oscillomètre de Pachon qui est considéré comme une pièce de musée (comme l’ensemble du matériel que j’ai utilisé à mes débuts !! comme j'ai pu constater dans des livres et expositions ).

 
Je suis un dinosaure et comme tel soit par inadaptation progressive à mon environnement hospitalier soit par des causes extérieures brutales (ou les deux) je vais bientôt disparaître de la scène hospitalière.

Mais rien ne sera plus comme avant (une ère se termine) car :

-         On ne sait plus le faire : dans ma « jeune » spécialité dont les succès ont en fait une activité importante des hôpitaux (« de la cave au grenier ») : anesthésie, réanimation médico-chirugicale et SAMU SMUR la pénurie entraîne une perte de qualité vertigineuse ( j’ai été membre du jury national pour les médecins urgentistes : à peine 1/3 de recevables ! certains étaient faisant fonction depuis 8 ans !et la question portait sur les accidents ischémiques transitoires des personnes âgées pendant les 24 premières heures)

-         On ne veut plus le faire (je ne dis pas que c'est à tort): la recherche d'une qualité de vie personnelle et familiale est en compétition avec l'activité professionnelle … (mes trois filles ont grandi sans moi ! 10 gardes par mois presque toute ma vie)

-         On ne peut plus le faire : gouvernance, … pôle, ..., paiement à l'acte dans les hôpitaux,...

-         On ne fait plus la même chose : progression naturelle mais avec régression «en contre partie » ce qui ne s’était jamais vu avant !


 Le présent n’existerait pas sans le passé et ce n’est que dans le soin que l’on apporte à l’action présente que se fera un avenir de qualité.

 
Né le 14 octobre 1951 à Metz je suis allé voir le Dr Rouillard au C.H. de Metz l’été 1969 en lui expliquant que je faisais médecine et que j'aimerais faire un stage bénévole de deux mois dans son service de cardiologie avec USIC. Quelques jours après je me retrouvais en blouse blanche avec un stéthoscope à ausculter à la visite les patients : 1er jour rythme régulier ou pas ?, 2ème jour souffle ou pas ?, troisième jour systolique ou diastolique ? J'aidais les infirmières qui en échange m'ont appris à piquer, sonder, perfuser,... au bout de deux mois, je traitais les OAP qui entraient en urgence. Je n’ai jamais quitté l’hôpital depuis car tout en vivant pleinement ma passion je « payais» mes études en travaillant à l'hôpital (fils d'instituteur).

 La cardiologie (avec Faivre, Gilgenkrantz et ses troubles du rythme, Dodinot et ses pace makers), la neurochirugie (avec Lepoire aux mains d'or qui m'a laissé faire avec lui l'aide opératoire, Montaut et ses malheureux enfants, Renard à qui je dois de connaître mon anatomie du cerveau encore maintenant), la nutrition (Debry dont les patients obèses partaient se promener au petit matin dans les environs brumeux de Jeanne d'Arc).

A Metz les urgences, la réanimation, le Samu Smur (avec au début ses jeunes filles de la Croix-Rouge avec leur béret bleu, leur chemisette blanche et leur jupette plissée bleue qui m'ont conduit de Metz à Nancy pour la première implantation d'un pace maker d'un patient de Metz en roulant comme des folles sur l'ancienne nationale : heureusement que le Pr. Sadoul ne nous a pas barré la route avec son vélo !) et l'hémodialyse (qui venait de s'ouvrir et à qui on m'a prêté sous prétexte que je m'occupais du rein artificiel en réanimation dans mon unité)

Ont été les excellentes bases de ma formation par compagnonnage des plus anciens vis-à-vis des petits jeunes.

 
En 1975 j'ai donc quitté Nancy après ma thèse le 14 novembre : Acharnement thérapeutique et réanimation (l’inacceptable euthanasie, l’aide aux mourants) avec le Pr de Ren à qui j'étais venu proposer le sujet car travaillant en réanimation au CH de Metz chez le Dr Condi j'étais très concerné par ce problème (« vous vous acharnez !! »). Mais à la même époque l'agonie « interminable » de Franco et l'affaire Quillian lui ont donné sans que je le veuille une certaine « publicité ». Les Prs Lamy, Anthoine, (amis de De Ren) et le Pr Montaut que j'avais connu en neurochirurgie (je rêvais à l'époque de devenir micro neuro-chirugien !) et qui a remplacé au « pied levé » un autre Pr. m'ont fait l'honneur de présider le jury et de me remettre mon épitoge sur ma toge. Moi qui petit disait « je veux être curé, instituteur ou médecin » ! Seuls métiers que je croyais au service des autres.


J'ai fait partie de ces quelques « docteur en médecine » qui ont prêté non le serment d'Hippocrate (mais je préfère la prière médicale de Moshé Ben Maïmon : Maïmonide 1135-1204 ) mais une « curiosité » un peu discutable :

« Sur ma conscience, en présence de mes Maîtres et de mes condisciples, je jure d'exercer la médecine suivant les lois de la morale et de l'honneur et de pratiquer scrupuleusement tous mes devoirs envers les malades mes confrères et la société. »

J'aurais bien aimé faire ma spécialité à Nancy mais il était « interdit » de faire plus de 6 mois de stage en trois ans chez le Pr Larcan et les Prs Picard et Laxenaire n'offraient des « emplois » rémunérés qu'à partir de la troisième année.

Les Bordelais offraient de meilleures conditions et après six mois au CHU avec le Pr Chevais j'avais des fonctions d'assistant à Agen. En 1978 lorsque j'ai obtenu mon diplôme de spécialité à Paris, je passais dans la foulée le concours de praticien des hôpitaux non universitaire pour un poste en Franche Comté. En 1985 je suis parti pour une plus grande ville de l'Ouest de la France.

Mais dans mon cœur la lorraine de mes ancêtres et ma vieille faculté de la rue Lionnois (je n'ai jamais connu Brabois sauf pour ma thèse que j'aurais tant préféré passer dans l'ancienne salle) me restent si chers.

Parfois en salle de détente du bloc j'en parle avec mes aînés de Nancy : Paul Colombel (« irremplaçable » il n'arrive pas à partir à la retraite) et Denis Beaudesson de Chanville.

.

2ème courriel reçu - peu de temps après

 

Vous me faites bien trop d’honneur en me proposant de figurer sur votre site Internet et je n’accepte qu’en souvenir de mes chers maîtres, dont je ne saurais par ailleurs oublier le côté universitaire. D’autant que certains ont été très chahutés par ma promotion à leurs cours magistraux (oh combien  j’en suis encore honteux !). Nous cherchions bêtement à les faire sortir au plus vite : le « recordman » a été le Pr Louyot qui a eu le malheur de commencer son premier cours par « la rhumatologie vient du grec… » il n’alla pas plus loin vu ce qu’il entendit…Il nous a pardonné et est revenu par la suite nous parler des sels d’or. Le Pr Cayotte  qui a eu le malheur de faire monter sur l’estrade une jolie étudiante pour nous expliquer avec les mains les différents plans en anatomie  prit la seconde place au palmarès mais n’est jamais revenu. Certains ont d’emblée passionné leur auditoire : ainsi le Pr Neimann « le lait de vache c’est pour le veau ! », le Pr Gosserez et son « fracas innominé »,… Enfin certains ont résisté contre « vent et marée » et étaient « insortables » et même l’un deux nous a passé un savon pour avoir chahuté « sa grande Olive ».

 

Enfin je ne peux résister à vous raconter mes « cliniques »

 

En médecine, je suis passé avec le Pr Larcan. L’ordre de passage étant alphabétique inverse, je vis sortir mes condisciples déprimés par les vastes connaissances d’Alain Larcan en tout domaine (et pas qu’en layette comme dans la revue de l’internat !). Lorsque, dernier à passer j’entrais, il s’exclama à haute voix « tant pis pour celui-là, je lui pose une question de réa : « une jeune femme vient de la maternité en état de choc avec le nez noir : à quoi pensez vous ? »   « c’est une CIVD sur une septicémie à perfringens » ; les yeux de Larcan de s’arrondir, les questions fusèrent et à chaque fois je répondais tranquillement. Ma seule erreur a été de répondre lorsqu’il me demanda à la fin où j’étais «  en réanimation chez le Dr Condi à Metz » (j’aurais du dire « en gériatrie ») d’autant qu’il connaissait le super équipement de ce dernier (à la demande d’une famille j’avais vu une fois lorsque j’étais infirmier en réa le Pr Larcan venir à Metz consulter un patient du Dr Condi comme cela se faisait encore !).

 

En chirurgie, je passais à la clinique de traumatologie du Pr  Sommelet  et je n’y connaissais rien. Le patient que j’ai eu à examiner présentait une luxation claviculaire exceptionnellement opérée à l’époque car c’était un prof. de sport et il m’expliqua son cas de A à Z avec les divers possibilités thérapeutiques, avantages,  inconvénients,…Sommelet eut naturellement un sérieux doute à la suite de mon exposé et me posa une nouvelle question sur les entorses graves de cheville avec rupture ligamentaire (que l’on opérait également rarement, sauf mon épouse qui avait été opérée par le Pr Delagoutte à Jeanne d’Arc suite à un accident de ski que les chirurgiens autrichiens voulaient opérer sur place mais elle avait préféré rentrer « au pays »).

 

Restait les cliniques d’obstétrique : c’était les techniques de dilatation du col utérin pour provoquer une fausse couche. Mais c’était surtout en début d’après midi et pour chercher dans mes vagues souvenirs et éviter de dire des bêtises je parlais lentement. Mes examinateurs s’endormaient ! Mais brutalement pour avoir parlé d’un malheureux ballonnet, ils firent mine de se réveiller scandalisés. Pour ma défense j’affirmais ne pas l’avoir inventé. Heureusement que j’avais pris des gardes bénévoles à la maternité pour apprendre les accouchements et qu’une grande extraction de siège sur mannequin de cuir me sauva la mise ! (on racontait que le Pr Duc dans un cas semblable avait simplement soulevé le « capot » du mannequin, tiré la poupée de cuir en s’exclamant : je fais une césarienne : moyennant quoi il n’avait que 20 ans d’avance !!).